Yves Provencher/Métro

Certains petits détails d’un quartier en disent long sur son histoire. Dans le cadre des Architectours d’Héritage Montréal, qui débutent samedi, Métro a fait une visite du quartier Saint-Henri avec le directeur des politiques de l’organisme, Dinu Bumbaru. Ce dernier propose une session d’archéologie du paysage qui raconte la transformation de l’ancien village de Saint-Henri, d’un centre industriel à un quartier résidentiel.
Photos: Yves Provencher/Métro

Saint-Henri - Parc chemin de fer
Un passé industriel
Façonné par le canal Lachine et l’ancienne ligne de chemin de fer Montréal-Lachine, le village de Saint-Henri est avant tout industriel pour une bonne partie de son histoire, avant d’être incorporé à la ville de Montréal à la fin des années 1890.

Une des premières industries importantes de Saint-Henri est celle des tanneries. Celles-ci étaient importantes à l’époque pour confectionner l’équipement équestre puisque le plastique n’existait pas. Le lieu était idéal par sa distance du Vieux-Montréal, selon M. Bumbaru.

«C’était juste assez proche de la ville pour qu’on puisse emmener les produits et aller les vendre au marché là-bas, mais assez loin pour que les nuisances n’affectent pas la ville», explique-t-il. C’est que, de toute évidence, les tanneries dégageaient de fortes odeurs.

Hormis les anciennes fonderies qui longent le canal Lachine, on voit encore des traces de ce passé industriel dans le sol du quartier. Le Parc-du-Premier-Chemin-de-Fer en est l’évidence puisqu’il a été aménagé dans l’empreinte de la défunte ligne Montréal-Lachine. Une portion du chemin de fer est aussi préservée le long du canal.

Saint-Henri - Rue Saint-Jacques
De chemin à rue
Contrairement à beaucoup de rues de la ville, la rue Saint-Jacques emprunte un tracé sinueux, ce qui trahit son passé. Selon M. Bumbaru, la rue a été emménagée sur un ancien chemin qui reliait les terres attribuées par les Sulpiciens lors des débuts du village Saint-Henri. Les rues droites sont, elles, plus souvent le résultat d’une planification urbaine.

«C’est la différence entre un tracé qui est le résultat d’un usage, un sentier [et quelque chose de planifié], explique Dinu Bumbaru. Il y a une logique qui est plus organique que géométrique.»

À Montréal, les rues sinueuses sont d’ailleurs souvent plus anciennes que les rues droites, rajoute-t-il. «Quand on regarde le plan d’une Ville, il y a des indices du passé. C’est comme regarder les anneaux dans un arbre», illustre-t-il.

Saint-Henri - Caserne 1
Une caserne pas très politically correct
La magnifique caserne de pompiers de style Art Deco signée Ludger Lemieux est bien connue puisqu’elle se retrouve directement en face de la station de métro Place-Saint-Henri, qui alimente le quartier.

Mais les curieux qui inspectent le derrière du bâtiment verront un bon indice de la relation entre les policiers et la population à l’époque de la construction de la caserne dans les années 1930 puisqu’un poste de police s’y retrouvait aussi. On peut voir plusieurs vignettes en béton, dont une qui montre un pauvre criminel derrière les barreaux, et un autre qui montre un fier policier rayonnant.

«Aujourd’hui, c’est pas mal plus politically correct. On parle moins d’emprisonnement et plus de réinsertion sociale», plaisante M. Bumbaru.

«La poésie du patrimoine modeste, c’est que ce n’est pas de l’Architecture savante, mais il y a beaucoup de ce qu’on pourrait appeler l’Art de bâti.» -Dinu Bumbaru, directeur des politiques d’Héritage Montréal

Saint-Henri - maisons de bois
Le «patrimoine modeste»
Il n’y a pas que les bâtiments grandioses qui composent le patrimoine architectural d’un quartier. Parfois, les résidences familiales forment ce que M. Bumbaru appelle le «patrimoine modeste».

Dans des petites rues de Saint-Henri, dont Saint-Ferdinand et Saint-Augustin, on peut voir une très grande variété de logements, qui ne se conforment pas à un style uniforme. «Il faut trouver du charme dans l’accumulation», avance le directeur des politiques d’Héritage Montréal.

Un exemple du patrimoine modeste de Saint-Henri: les maisons de bois de la rue Saint-Ambroise qui ont été désignées monument historique par l’ancien maire de Montréal, Jean Doré. Elles sont typiques de Saint-Henri puisque la construction de maisons en bois à Montréal n’était pas permise.

Les petites maisons de ville de la rue Saint-Augustin, préservées par l’ébéniste Serge Deschamps, sont aussi un symbole du coin.

«On oublie que ce sont des espèces ancestrales, c’est l’équivalent des bélugas pour les vieux quartiers. C’est une espèce qui a résisté», affirme M. Bumbaru.

Architectours
Du 1er août au 20 septembre

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