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MONTRÉAL – Les réponses aux inquiétudes les plus importantes entourant le déversement de huit milliards de litres d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent devraient commencer à être connues ce vendredi.

Les premiers résultats de tests bactériologiques de coliformes fécaux — qui requièrent 48 heures — seront en effet disponibles dans les prochaines heures, alors que les résultats des tests chimiques — qui en exigent 96 — prendront quelques jours de plus.

Cependant, il est déjà acquis que ces analyses montreront une contamination, a expliqué le responsable de l’opération à la Ville de Montréal, Richard Fontaine.

«C’est sûr que les tests vont confirmer qu’il y a déversement. C’est évident», a rappelé M. Fontaine.

«Mais les tests les plus importants ce sont ceux pendant — pour s’assurer que le panache n’a pas d’effet négatif trop loin — et ceux d’après», a-t-il ajouté.

Selon le professeur en assainissement et directeur du Centre eau, terre, environnement de l’INRS, Jean-François Blais, le panache d’eaux usées n’est probablement pas plus contaminé que ce qui sort de l’usine d’épuration en temps normal de toute façon.

«Tout ce qui est soluble est très peu enlevé par la station d’épuration. Ça se retrouve de toute façon au fleuve. C’est le cas des coliformes, des micro-organismes; il n’y a pas de désinfection», a-t-il expliqué en entrevue avec La Presse Canadienne.

La grande différence avec ce que Montréal rejette en temps normal, dit-il, «ce sont les matières solides et le phosphore», que la station d’épuration enlève, d’où le fameux «panache» d’eaux usées.

«Il ne faut pas faire peur au monde»

Le professeur Blais s’inscrit d’ailleurs en faux contre les informations faisant état d’un accroissement de 40 000 fois du taux de coliformes fécaux dans certains échantillons d’eau recueillis près des endroits où le déversement est effectué.

«Ça n’a pas vraiment de valeur. Il faut voir ça sur une plus grande échelle», laisse-t-il tomber d’emblée.

«Il n’y avait aucun besoin de faire un prélèvement. N’importe qui vous l’aurait dit. Si vous prenez un échantillon d’eau usée directement comme ça, c’est comme s’ils l’avaient pris directement dans le réseau d’égout. C’est évident que c’est contaminé», explique l’expert.

Il répète que l’usine d’épuration elle-même, lorsqu’elle est en fonction, ne désinfecte pas l’eau en temps normal et que le taux de coliformes est tout aussi élevé. «Si vous alliez prendre un échantillon à la sortie de l’usine d’épuration de Montréal, ce ne serait pas mieux», dit-il.

Une autre spécialiste, la professeure Sarah Dorner, titulaire de la chaire de recherche sur les contaminants microbiens dans les sources d’eau à l’École polytechnique, a livré un commentaire lapidaire sur le réseau social Twitter en prenant connaissance de ces informations.

Selon elle, les médias qui ont pris les échantillons à la sortie de décharges d’eau «manquent de rigueur dans leur analyse de la situation. Ce ne sont pas des sources d’info fiables.»

Le professeur Blais fait valoir que le panache devrait être entièrement dilué durant la saison froide.

«Il ne faut pas faire peur au monde», indique-t-il.

«Si on faisait ça sur du long terme, ce serait inquiétant. Mais quelques jours, alors qu’on approche de la période hivernale, il n’y aura plus trace de ça quand on va recommencer à utiliser le fleuve pour des activités récréatives», ajoute-t-il.

Il avertit cependant que cela ne signifie pas qu’il faille relâcher la vigilance et qu’il n’y aura pas de conséquences à court terme, au contraire.

«L’idéal serait que les municipalités se dépêchent à ramasser les débris qui pourraient se retrouver sur le bord des berges rapidement pour éviter que les gens soient en contact avec ça», lance-t-il.

De plus, toutes les municipalités en aval jusqu’à Trois-Rivières devront garder un oeil attentif sur leur alimentation en eau potable.

«C’est une préoccupation; ils ont des équipements et des traitements qui font le travail de désinfection et de filtration pour pouvoir rencontrer les normes, mais c’est sûr qu’ils doivent porter une attention particulière durant cette période», dit-il.

La surveillance de la qualité de l’eau se fait de façon plus intensive en aval du déversement, entre Montréal et Sorel, où l’on suit de près la dispersion du panache d’eaux usées.

Des prélèvements de sédiments et de plantes étaient prévus vendredi dans le secteur des îles de Sorel.

Échéancier respecté

La fenêtre de sept jours de déversement au maximum demeure inchangée et, si tout continue à se dérouler de manière normale, elle pourrait être devancée.

Au troisième jour de l’opération qui vise à permettre de réparer l’immense intercepteur Sud-Est, les autorités de la Ville de Montréal ont fait le point, indiquant vendredi matin que 34 des 56 cintres à retirer avaient été enlevés et que les travaux vont bon train.

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