Archives Métro Du 21 juin au 31 décembre 2014 uniquement, au moins 243 ambulances à Montréal et Laval ont mis plus de deux heures à arriver sur les lieux d’un appel.

Dès cet hiver, les Montréalais et les Lavallois qui attendent depuis longtemps après avoir fait un appel de nature médicale au 911 pourraient recevoir la visite d’ambulanciers… sans ambulance.

Dans le cadre d’un nouveau projet d’Urgences-Santé, une équipe de deux paramédics serait systématiquement envoyée sur le terrain dans des véhicules non ambulanciers lorsque les délais de réponses dépasseraient un certain seuil. Par exemple, ce seuil serait de deux heures pour la priorité la moins élevée de la grille.

«Un paramédic sur place pourrait réévaluer l’état du patient et lui donner une priorité plus élevée si nécessaire, en prenant notamment en considération l’environnement et le fait que le patient est peut-être au sol et qu’il n’y a pas moyen de le relever», a expliqué le Dr Dave Ross, directeur médical des services préhospitaliers d’urgence à Urgences-santé.

Les paramédics pourraient également essayer de trouver d’autres solutions que le transport en ambulance avec un patient dont la situation n’est pas urgente.

«C’est une sécurité de plus pour le patient.» – Dr Dave Ross, directeur médical des services préhospitaliers d’urgence à Urgences-santé

Du 21 juin au 31 décembre 2014 uniquement, au moins 243 ambulances à Montréal et Laval ont mis plus de deux heures à arriver sur les lieux d’un appel, dont une douzaine correspondaient à une priorité urgente. Selon Urgences-santé, qui gère les services de paramédics de ces régions, une partie importante de ces cas étaient considérés bénins au départ, mais se sont détériorés en cours de route.  Selon le Syndicat du préhospitalier, une personne âgée peut attendre plusieurs heures après une chute sur le sol si son appel ne reçoit pas une priorité élevée parce que son état n’est pas jugé dangereux.

Actuellement, les codes de priorité sont accordés à la suite d’un questionnaire par téléphone visant à déterminer si la vie de la personne est en danger ou si son état risque de s’aggraver. La situation n’est pas révisée par la suite, à moins que le citoyen ne rappelle au 911 pour signaler un changement.

Le projet n’existe actuellement que sur papier et doit obtenir diverses approbations administratives. Il couvrirait tout Montréal et Laval pour une durée limitée à partir de l’hiver 2016. Les résultats seraient par la suite évalués.

«On est aussi en projet au niveau provincial sur comment faire un second triage téléphonique pour les patients et peut-être les aider autrement que d’envoyer une ambulance», a souligné le Dr Ross.

Des délais trop longs, selon le syndicat
Le projet d’ambulanciers sans ambulance est bien accueilli par le syndicat des paramédics de Montréal et Laval, qui juge que les délais d’arrivée des ambulances sont trop longs dans plusieurs cas.

Le Syndicat du préhospitalier réclame que plus de ressources soient injectées afin d’envoyer plus d’ambulances sur le terrain et d’éviter qu’elle prennent plus de 15 minutes à arriver sur les lieux d’un appel. À défaut d’une réponse positive du gouvernement à cette requête, ses membres proposent depuis des années plusieurs solutions pour améliorer les choses, dont l’une est d’envoyer des équipes effectuer un deuxième triage sur le terrain.

«Ça pourrait permettre de vérifier si le patient peut tolérer l’attente, a commenté Réjean Leclerc, président du Syndicat du préhospitalier. On fait aussi une économie de matériel si on peut éviter d’envoyer une ambulance avec des dizaines de milliers de dollars d’équipement. C’est positif tant qu’on ne diminue pas les ressources ambulancières.»

Une telle procédure pourrait d’ailleurs éviter que des patients, exaspérés par l’attente, rappellent le 911 en exagérant leur état, croit M. Leclerc. «Il y a des gens qui ont compris que leur cas va être classé urgent s’ils disent qu’ils ne respirent pas bien, même si ce n’est pas tout à fait vrai», a-t-il souligné.

Les faux positifs
Par ailleurs, les paramédics sont confrontés quotidiennement à des patients dont les problèmes ne nécessitaient pas la venue d’une ambulance. «Une personne nous a déjà appelé pour un mal de tête foudroyant qu’on a associé à un accident vasculaire cérébral, mais elle s’était en fait brûlé le cuir chevelu avec un shampoing», a rapporté M. Leclerc.

Des données compilées par le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) pour toutes l’année 2014 et toute l’année 2015 jusqu’au 15 octobre indiquent qu’environ 1% des transports en ambulance vers leurs trois hôpitaux ont reçu un code de priorité 5 à l’urgence, un code associé aux cas non-urgents.

Autant M. Leclerc que le Dr Dave Ross, directeur médical des services préhospitaliers d’Urgence à Urgence-Santé, jugent que cette proportion de transports «non nécessaires» est sous-estimée. «C’est plus difficile d’évaluer les gens qui arrivent en ambulance que ceux qui arrivent par eux-mêmes. Le personnel au triage de l’urgence a probablement tendance à leur donner une priorité plus élevée que la réalité», a dit le Dr Ross.

M. Leclerc croit que le triage sur le terrain pourrait permettre de résorber ce phénomène qui accapare de précieuses ressources.

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