Chantal Levesque/Métro Lydia Hatem et Isabelle Desforges

Les préjugés envers les personnes vivant avec une déficience intellectuelle sont encore un frein à leur intégration à l’emploi, soulignent divers intervenants alors que s’amorce la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle.

Le café-bistro Jarry Deuxième a accueilli depuis trois ans une soixantaine de stagiaires vivant avec une déficience intellectuelle. L’objectif est de leur fournir une expérience de travail qui leur permette d’acquérir des habiletés utiles à l’occupation d’un emploi. «Ils apprennent la ponctualité, l’hygiène, les relations de travail, l’intégration dans une équipe, la confiance en soi. Ce sont des compétences transférables dans n’importe quel emploi», a souligné Annabelle Petit, coordonnatrice des communications au Jarry Deuxième.

Malgré tout, après leur départ du bistro, seulement trois d’entre eux ont réussi à trouver de l’emploi. «Les employeurs sont frileux. Ils ne connaissent pas le niveau de rendement de la personne», estime Marlène Mongeau-Degagné, coordonnatrice de l’intégration sociale et socioprofessionnelle au café-bistro.

Mme Mongeau-Degagné estime par ailleurs qu’il n’y a pas suffisamment de mesures incitatives pour les employeurs, de même que d’accompagnement en milieu de travail, pour les personnes vivant avec une déficience.

«Ces gens ont leur place sur le marché. Il s’agit que les employeurs soient ouverts et ça peut changer positivement la dynamique de toute une équipe.» -Amélie Clément, coordonnatrice des services en déficience intellectuelle à Action Main-d’oeuvre

L’organisme Action Main-d’œuvre aide chaque année environ 700 personnes avec une déficience à chercher de l’emploi. Amélie Clément, coordonnatrice des services en déficience intellectuelle à cet organisme, croit que plusieurs mesures existantes sont efficaces. Environ 60% de sa clientèle réussit à se trouver du travail, qui consiste généralement en des tâches répétitives et faciles à comprendre, comme commis de plancher dans un magasin ou préposé à l’entretien ménager.

«La mesure qu’on utilise le plus est le contrat d’intégration au travail, une aide financière compensatoire offerte aux employeurs, proportionnelle au rendement de la personne embauchée», a expliqué l’intervenante.

Mme Clément déplore toutefois qu’il y ait une liste d’attente de six mois pour accéder aux services de soutien de son organisme. «Il y a des mesures efficaces, mais sont-elles suffisamment financées? Probablement pas», a-t-elle constaté.

Mme Clément reconnaît aussi qu’il est nécessaire de sensibiliser les employeurs.

Des femmes persévérantes

Lydia Hatem et Isabelle Desforges, qui vivent avec une déficience intellectuelle, sont parmi les anciennes stagiaires du café-bistro Jarry Deuxième qui se sont trouvé un emploi (voir texte en une). Mais leur parcours n’a pas été facile.

Lydia et Isabelle ont des aptitudes prisées par l’employeur. Elles ont toutes deux étudié au Centre de formation de l’alimentation et du commerce du Québec avant leur stage. «Je connais bien les règles d’hygiène et de salubrité, a souligné Lydia, qui a aussi à cœur le service à la clientèle. Quand tu donnes un bon service, courtois, les clients le remarquent.»

Malgré tout, elle a essuyé plusieurs refus, notamment pour un poste d’aide-cuisinière dans une résidence pour personnes âgées. «Pour ne pas avoir à vivre peut-être une réalité complexe dans la gestion d’une employée ayant un profil qu’il ne connaissait pas, l’employeur a prétendu que c’était finalement d’une cuisinière dont il avait besoin», a souligné Marlène Mongeau-Degagné, coordonnatrice de l’intégration sociale et socioprofessionnelle au café-bistro. Lydia travaille maintenant dans un Harvey’s et dit adorer son emploi.

De son côté, Isabelle n’a réussi, après plusieurs mois de recherche, qu’à décrocher un travail sur appel en entretien ménager. Elle n’a pas travaillé depuis la fin du mois de décembre. Elle souhaite un emploi en cuisine, idéalement dans le milieu éducatif.
Elle continue donc activement sa recherche avec l’organisme Action Main-d’œuvre. «Il ne faut pas perdre espoir. Chaque matin, il faut se lever, aller porter son CV et se croiser les doigts pour que ça fonctionne», a-t-elle souligné. Comme elle refuse de vivre de l’aide sociale, elle comble ses besoins grâce à son conjoint, qui occupe un emploi.

Selon Mme Mongeau-Degagné, la volonté de travailler est vraiment forte chez un grand nombre des anciens stagiaires du bistro. «On a avantage à ce que ces gens aient un emploi plutôt que de vivre de l’aide sociale», a-t-elle fait remarquer.

Mme Mongeau-Degagné souhaiterait que son organisme puisse engager une personne pour faire du placement et de l’accompagnement en emploi. Le café-bistro Jarry Deuxième est d’ailleurs en pleine campagne de financement.

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