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Avec la hausse des températures, les nids-de-poule ont – encore cette année – fait leur apparition. Montréal a préparé une nouvelle stratégie en investissant 250 M$ cette année dans le colmatage de ces trous dans la chaussée. Métro en a discuté avec le pro­fesseur de génie de la construction de l’École de technologie supérieure (ÉTS) Alan Carter.

La Ville a décidé d’inclure une garantie de 30 jours dans les contrats de réparation des nids-de-poule? Qu’est-ce que vous en pensez?
Ce n’est pas une mauvaise solution. Il faut toujours garder en tête que la réparation de nids-de-poule, c’est une solution temporaire. Si ce n’est pas fait correctement – par exemple, si le trou est rempli d’eau ou on ne nettoie pas le trou –, il ne faut pas espérer que ça tienne très longtemps. Je ne sais pas si les 30 jours [de garantie] sont une bonne idée, mais mettre une durée, c’est certain que c’en est une. Ça garantit que ça sera mieux posé.

Quelle est la durée de vie d’un colmatage de nid-de-poule?
Les réparations faites de façon très attentionnées, on en a vu qui ont fait des années. Le principe, c’est de nous donner une chance en attendant qu’on vienne réparer la chaussée pour vrai. Lorsqu’on décide que les nids-de-poule deviennent une réparation temporairement permanente, ce n’est pas fait pour cela, alors il ne faut pas espérer que ça fonctionne.

La géolocalisation des nids-de-poule permettra à la Ville de s’assurer que les travaux sont réalisés correctement. Cela lui indiquera sans doute aussi les routes qui méritent des réparations d’urgence…
La gestion des chaussées, c’est assez complexe. En sachant où sont les nids-de-poule, on se trouvera à faire un inventaire de la qualité de notre réseau. C’est une bonne idée. C’est difficile de faire un plan de gestion complet si on ne sait pas ce qu’on a [comme chaussée].
Maintenant, ce n’est pas parce qu’une route est remplie de nids-de-poule qu’on va nécessairement aller la réparer. On a des fonds limités. On ne peut pas tout réparer en même temps. Une route qui est pleine de nids-de-poule d’un bout à l’autre, ça coûte une fortune à réparer. On a souvent tendance à réparer des routes qui sont en meilleur état pour les empêcher d’être en très mauvais état.

«Le nid-de-poule, c’est le dernier symptôme. Ça veut dire que la route est finie. Comme je dis à mes étudiants, réparer un nid-de-poule, c’est comme mettre un pansement sur un patient en phase terminale de cancer. Il va peut-être se sentir mieux, mais il va mourir pareil.» -Alan Carter, professeur de génie de la construction à l’ETS

La Ville veut faire des blitz de travaux pendant les fins de semaine afin de colmater les nids-de-poule sur des routes très endommagées. Est-ce une bonne idée?
On a besoin de les remplir pour une question de sécurité. Lorsqu’on répare et qu’on remplit correctement un nid-de-poule, on va limiter l’apparition de nouveaux nids-de-poule autour parce qu’il y aura moins d’eau qui va rentrer dans la chaussée. Mais on n’est pas capable d’empêcher les cycles de gel et de dégel. On n’y peut rien.

Pour ces routes très endommagées, il faudrait une réparation en profondeur de la chaussée. Ça coûte cher. Ça prend du temps. Pour faire une bonne réparation, il faut fermer une route. Ce n’est pas tout le monde qui est d’accord pour qu’on ferme une route principale. Il n’y a pas de solution magique. C’est un truc à long terme. Ça se fait sur une longue période.

Étant donné le climat du Québec, est-il possible d’avoir de belles routes?
Sans problème. On n’a pas un climat unique sur la planète. Tout est question d’entretien et de choix de chaussée. Une chaussée, c’est comme une voiture. Une voiture n’est pas faite pour durer 20 ans sans qu’on fasse quoi que ce soit. Il faut l’entretenir. Une chaussée, on doit l’entretenir. Dès qu’elle est neuve, on doit avoir un plan de match pour savoir ce qu’on fait à l’année 3, à l’année 5 et à l’année 7. Si ce n’est pas fait, on hypothèque la durée de la chaussée.

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