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Près de 52 % des jeunes de moins de 30 ans en situation d’itinérance dans les rues de Montréal sont passés par des centres jeunesse.

C’est l’un des résultats obtenus par une enquête complémentaire sur les personnes en situation d’itinérance rendue publique mercredi par la Ville de Montréal. En mars 2015, Montréal avait effectué un dénombrement des personnes en situation d’itinérance, ce qui lui avait permis de dire qu’elles étaient au nombre de 3016. Cette enquête complémentaire, réalisée auprès de 1066 personnes en situation d’itinérance entre le 24 août et le 30 septembre 2015, a permis d’approfondir les données à l’aide d’un questionnaire de 37 questions.

Environ 25% de ces 1066 personnes interrogées avaient 30 ans et moins. De façon générale, parmi toutes les personnes interrogées,celles qui vivaient dans la rue – plutôt que dans un refuge ou un logement transitoire – étaient plus nombreuses à être passées par des centres jeunesse.

«Ça nous dit que ça pourrait être pertinent de dépister dans les centres jeunesse les personnes les plus à risque de devenir itinérantes et de leur donner un accompagnement à leur sortie du centre», a dit à Métro Éric Latimer, chercheur à l’Institut Douglas, qui a dirigé cette enquête.

La situation de santé des jeunes sans-abri inquiète également le chercheur, qui donne en exemple le fait que 13% des personnes interrogées disent être atteintes de l’hépatite C. De celles-là, 58% ne recevaient pas de traitement.

Il faut ajouter à cela le fait que 13% des personnes de la rue disent avoir utilisé des drogues injectables et que 30% de celles-ci ont fait usage de seringues souillées dans les 30 derniers jours.

«On a toute cette population atteinte notamment de l’hépatite C, qui a beaucoup de comportements menant à plus de transmissions. On crée un risque que ces gens se réinfectent avec d’autres injections si on les laisse à eux-mêmes», ajoute M. Latimer. De là l’importance de l’implantation des sites d’injection supervisée à Montréal, indique-t-il.

Même son de cloche du côté de la Ville de Montréal qui soutient dans un document résumé de l’étude que la «prévalence de certaines maladies non traitées et des comportements à risque ont un impact sur la santé publique». L’administration ajoute que les efforts de lutte à l’itinérance doivent être concentrés sur les personnes en situation d’itinérance chronique, l’objectif principal du plan du Mouvement pour mettre fin à l’itinérance à Montréal auquel la Ville s’est associée.

«Pour s’assurer de mettre en place des politiques adéquates, il fallait faire ce portrait. On pourrait le refaire à tous les deux ans», a réagi le maire de Montréal, Denis Coderre.

Mouvance

Éric Latimer rêve de la création, à Montréal, de plus d’équipes mobiles qui se déplaceraient pour intervenir directement auprès des personnes en situation d’itinérance.

La situation de santé chez les itinérants, dont plusieurs ne prennent pas en main leurs problèmes de santé, est l’un de ses arguments. Mais aussi la grande mouvance des itinérants:

  • Si 33% des personnes interrogées étaient des itinérants chroniques (en situation d’itinérance depuis plus de trois ans), 28% étaient épisodiques, c’est-à-dire qu’ils ont vécus plusieurs épisodes d’itinérances dans les trois dernières années.
  • 16% étaient arrivées à Montréal depuis le mois de mars précédent et le tiers songeaient à quitter Montréal d’ici la fin de l’été.
  • Parmi ceux qui vivaient dans la rue au moment de cette enquête, 43% vivaient dans la rue au mois de mars précédent, mais 28% étaient dans un logement stable.

Éric Latimer soutient qu’il y a quelques équipes qui sont mobiles à Montréal, mais pour en avoir plus, il faudrait plus d’investissement de la part du gouvernement provincial.

À Toronto, des équipes mobiles de ce genre sillonnent la ville pour rencontrer les itinérants et leur offrir des options de logement. M. Latimer reconnait toutefois que Toronto a plus de pouvoirs par rapport à son gouvernement provincial que ne l’a Montréal.

Dans son document, la Ville de Montréal reconnait également que «les initiatives en matière de santé urbaine sur le terrain doivent se multiplier pour mieux rejoindre les personnes là où elles se trouvent».

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