Chantal Lévesque/Métro La Carifiesta célébrera sa 41e édition ce samedi. Le défilé débutera à l’angle des rues du Fort et Sainte-Catherine pour se terminer au Square Phillips.

Screen Shot 2016-06-28 at 9.37.33 PMCet été, les différentes communautés de Montréal convient la ville à venir célébrer avec elles leur culture. Métro a décidé de souligner l’héritage qu’elles ont laissé à la métropole alors que, ce samedi, la communauté antillaise fêtera la Carifiesta, un événement haut en couleur qui animera la rue Sainte-Catherine en danse, en musique et en histoire.

Les premiers Antillais qui débarquèrent à Montréal le firent contre leur gré, les chaînes aux poings. En cette fin de XVIIe siècle où le commerce des esclaves arrachait des milliers, voire des millions d’hommes et de femmes à leur terre pour les répartir aux quatre coins des empires européens, la Nouvelle-France n’échappa pas à ce sombre chapitre de l’histoire humaine. Louis XIV décida de ne plus «importer» d’esclaves à la peau noire au nord du 49e parallèle, jugeant que le climat hivernal menaçait leur survie. Le Roi-Soleil et ses colons du Nouveau Monde se rabattirent alors sur les Amérindiens, qui composaient l’essentiel du bataillon d’esclaves de Montréal.

La 41e Carifiesta qui se mettra en branle ce samedi célèbre la communauté antillaise de la métropole et l’histoire des Noirs en général. L’événement s’inspire du carnaval fêté par les esclaves d’autrefois pour se moquer de leurs maîtres. Everiste Blaize, qui est à la tête de l’événement depuis huit ans, évoque un succès bien québécois pour décrire le défilé. «Regardez le Cirque du Soleil. La Carifiesta, c’est la même chose, mais dans la rue!» M. Blaize souligne que, pendant 30 ans et jusqu’au début des années 1990, la fête montréalaise a été la plus importante du genre en Amérique du Nord, attirant jusqu’à deux millions de personnes aux abords de la rue Sainte-Catherine. «Des chars allégoriques venaient des Antilles et de New York à cette époque. La Carifiesta est mon bébé. J’essaie de la faire grandir pour qu’elle redevienne ce qu’elle a déjà été.»

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L’église unie Union, sise dans la Petite-Bourgogne, témoigne depuis plus d’un siècle de la présence de la communauté noire à Montréal. Photo : Josie Desmarais/Métro

La liberté dans les bagages
Le Canada a aboli l’esclavage en 1834, soit 30 ans avant nos voisins américains. Le fameux chemin de fer clandestin, qui sera commémoré sur les billets de 20 $ américains lorsque la figure de l’abolitionniste Harriet Tubman y sera imprimée d’ici 2020, amena au moins 30 000 esclaves vers la liberté canadienne. Bien que la majorité d’entre eux se soient installés en Ontario, le train permit à une petite communauté noire de prendre racine à Montréal, dans le quartier de la Petite-Bourgogne.

De 1834 jusqu’à la fin du XIXe siècle, les compagnies de chemin de fer étaient les principaux employeurs des gens de couleur à Montréal. Ces derniers, dont le père du légendaire pianiste montréalais Oscar Peterson, étaient bagagistes, réunis dans un syndicat appelé le Brotherhood of Sleeping Car Porters.

Bien que les conditions de vie se soient améliorées pour la communauté noire de Montréal – à tel point que les parents du militant des droits civiques Malcolm X vécurent quelques années ici pour fuir la ségrégation américaine –, la couleur de peau demeurait source de discrimination.

Jazz, racisme et papillon
L’ancien premier ministre canadien Wilfrid Laurier, tentant de limiter l’immigration noire au pays, invoqua en 1911 l’hiver pour exclure les gens de couleur du territoire, comme l’avait fait Louis XIV deux siècles plus tôt. Cinquante ans plus tard, soit en 1962, l’ancien maire de Montréal Jean Drapeau dut encore menacer les commerçants qui refusaient de servir des gens à la peau noire de leur retirer leur permis d’exploitation s’ils persistaient dans leur racisme. Pourtant, Montréal était devenue un des principaux foyers du jazz en Amérique grâce à sa communauté noire, accueillant les plus grands cool cats de l’époque. Ceux-ci marquèrent tant la trame sonore de la métropole que le festival le plus connu de la ville, qui célèbre leur musique chaque année depuis 1980.

«Je suis arrivé à l’âge de huit ans à Montréal et j’ai élevé mes enfants ici, affirme Everiste Blaize, président de la Carifiesta. Pour moi, la métropole est un endroit qui accepte tout le monde.»

Lors d’une édition précédente, un char allégorique présenté à la Carifiesta avait choisi pour thème la métamorphose du papillon. Un choix bien symbolique pour une communauté noire qui, malgré des siècles de mauvaise fortune, a su déployer ses ailes… en dépit de l’hiver!

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