Collaboration spéciale Olivia Ngwangata (à droite) dit que le cirque lui a permis de s'ouvrir aux gens.

Depuis 2009, une cinquantaine de jeunes handicapés ont développé leurs habiletés en jonglerie, clownerie et acrobaties dans le cadre de leur programme de réadaptation au centre Lucie-Bruneau. Les effets positifs sur eux de ce projet, appelé Cirque social, sont probants.

Olivia Ngwangwata, 21 ans, avait perdu toute confiance en elle après que de graves problèmes de santé l’eurent plongée dans le coma, en 2010. Elle a dû tout réapprendre : bouger, parler et même manger. En mai 2015, pourtant, cette jeune paraplégique jonglait avec des foulards et présentait un numéro de clown et de magie devant public sous un chapiteau.

«Le cirque m’a permis de trouver mon côté artistique, de m’ouvrir aux gens, de développer de belles relations amicales, de m’exprimer librement, témoigne Olivia, le sourire fendu jusqu’aux oreilles, au cours d’une rencontre avec Métro. Ça m’a aidée à devenir une femme accomplie.»

Le Cirque social est une approche développée par le Cirque du Soleil, grâce à laquelle des jeunes en difficulté, notamment dans la rue ou en centre de détention, apprennent des techniques de cirque dans une perspective de développement personnel.

Frédéric Loiselle, ergothérapeute au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, a proposé en 2009 d’adapter le concept pour des jeunes ayant des déficiences physiques.

«Ces jeunes ont beaucoup de problèmes d’intégration à la vie active, explique M. Loiselle. Ils sont écoeurés des séances de réadaptation traditionnelle. Là, ils sont en gang, ils ont du fun, ils se sentent bien.»

«On a ri de moi au début; je passais pour un fou. Aujourd’hui, les résultats cliniques sont reconnus.» –Frédéric Loiselle, ergothérapeute et instigateur du Cirque social

À la Caserne 18-30, de l’automne au printemps à raison de deux ateliers par semaine, des artistes circassiens apprennent aux participants à faire des numéros qu’ils n’auraient jamais pensé pouvoir faire : du trapèze malgré un manque d’équilibre, de la jonglerie malgré un bras en moins, de la danse au sol malgré la paraplégie.

«Au cirque, la marginalité est célébrée. Le handicap est vu comme une curiosité et une source d’inspiration», souligne M. Loiselle, qui est aussi sur place pour suivre l’évolution de ses patients et animer des groupes de discussion sur leurs défis quotidiens.

ACTU - Cirque social
Marvin Clerveau (au centre) a adoré présenter des numéros de danse et de jonglerie.

Des résultats concluants
Afin de documenter les effets du programme, l’ergothérapeute est retourné à l’université pour faire une maîtrise. «Les résultats sont concluants. Les jeunes améliorent leurs capacités physiques et leur autonomie, ils adoptent un style de vie plus sain, ils apprennent à gérer leurs problèmes d’organisation», rapporte le passionné.

Olivia en est un bel exemple. Elle sort toute seule pour faire ses courses et se divertir, notamment grâce au service de transport adapté, ce qu’elle n’osait pas faire avant. Elle a aussi atteint son objectif de perte de poids. Ses progrès l’aident à poursuivre son rêve, qui est de devenir styliste.

Marvin Clerveau, qui a un problème de scoliose et de dysphasie, un trouble de la parole, a pour sa part adoré présenter des numéros de danse et de jonglerie. «J’étais très timide, mais je me suis rendu compte que j’étais capable de faire de grandes choses si je fonçais. Après un spectacle, je me sentais fier et j’avais envie de m’améliorer pour la représentation suivante», a-t-il confié à Métro.

Ce jeune de 21 ans qui souhaite devenir artiste visuel soutient que les ateliers l’ont aidé à arriver à l’heure, à prendre sa place dans un groupe et à exprimer son opinion.

Ayant reçu récemment un prix de l’Institut d’administration publique du Canada pour ce projet, le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal souhaite répandre la bonne nouvelle.

M. Loiselle s’affaire à la rédaction d’un guide d’implantation destiné à d’autres établissements offrant des services de réadaptation en déficience physique. «Ça pourrait aussi être adapté pour la déficience intellectuelle, l’autisme ou la toxicomanie», rêve M. Loiselle.

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