Archives Métro Le ministre de la Santé Gaétan Barrette.

QUÉBEC — Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a dû présenter des excuses mercredi, après avoir tenu des propos lourds de sous-entendus concernant l’attentat du Métropolis lors de la victoire électorale du Parti québécois en 2012.

Appelé à commenter le verdict contre Richard Henry Bain, reconnu coupable mardi de meurtre non prémédité pour cet attentat, M. Barrette a dit, avant d’entrer à la séance du conseil des ministres mercredi matin, que «c’est ce qui peut arriver quand on brasse trop les choses».

Il a reconnu que l’attentat avait une «connotation politique claire» et a appelé la classe politique à modérer son discours. «Nous devons nous assurer que nos arguments et les discours que nous faisons sont mesurés», a-t-il poursuivi.

Ses commentaires ont provoqué un tollé au Parti québécois, qui s’est senti visé par une attaque. La députée de Vachon, Martine Ouellet, qui est aussi candidate à la direction du parti, a même demandé la démission du ministre.

Au début d’une conférence de presse en après-midi à Lévis, M. Barrette a rapidement rectifié ses propos en faisant une déclaration.

«Ce sont de tristes événements et je peux comprendre très bien que cela ait soulevé un certain nombre d’émotions auprès des personnes concernées, politiquement ou non, a-t-il énoncé. (…) Si aujourd’hui des gens ont pu être offensés par mes propos, qui visaient tout le monde, moi-même et la classe politique dans son ensemble, je peux comprendre que des gens ont été potentiellement atteints par la chose et je tiens sincèrement à leur présenter mes excuses.»

Dans un point de presse peu après, M. Barrette a précisé que ce n’est pas le cabinet du premier ministre qui lui avait demandé de présenter ses excuses. Le ministre a assuré qu’il ne voulait pas brimer personne dans sa liberté d’expression, dans une société démocratique comme le Québec, comme il l’a rappelé.

«Ou bien je me suis mal exprimé, je le prends sur moi, j’en suis fort désolé et je m’en excuse, a-t-il dit. (…) Il n’y a absolument aucun lien à faire avec qui que ce soit au Parti québécois.»

L’opposition officielle s’est néanmoins indignée des commentaires du ministre, qui n’en est pas à ses premiers affrontements avec le PQ. Le chef intérimaire de l’opposition, Sylvain Gaudreault, a dit qu’il était «sans mot».

«Il est inacceptable qu’un élu de l’Assemblée nationale et ministre, de surcroît, ait pu faire un lien entre une position politique, tout à fait légitime et démocratique, et l’attentat du Métropolis, a déclaré M. Gaudreault par voie de communiqué. Le ministre demande aux députés de « mesurer » leur discours. De quel discours parle-t-il? Du discours souverainiste? Doit-on comprendre du ministre qu’il veut ainsi limiter la liberté d’expression des députés souverainistes?»

Martine Ouellet a demandé la tête du ministre. Selon elle, les excuses ne suffisent pas. Ce «manque de jugement complet» le rend indigne d’exercer ses fonctions et le premier ministre Philippe Couillard doit le démettre.

«Ce sont des propos dangereux, a-t-elle dit dans une entrevue téléphonique. Gaétan Barrette cautionne la haine politique, la violence, méprise la démocratie et est en train de dire que les porteurs d’idées sont responsables de la violence qui est faite contre eux.»

Elle ne croit pas sa version selon laquelle il ne visait pas les péquistes dans son appel à la modération dans les discours politiques. «C’est assez clair qu’il a instrumentalisé l’affaire Bain pour faire de l’intimidation à l’encontre de l’ensemble du mouvement indépendantiste», a-t-elle dit.

Le parti de gauche souverainiste Québec solidaire a lui aussi réagi aussi aux déclarations de M. Barrette. La députée de Gouin, Françoise David, a affirmé qu’elles étaient «indignes d’un ministre».

«Cette vieille habitude de responsabiliser la victime pour la violence à son égard et surtout dans le cas des femmes, est inacceptable», a-t-elle soutenu par voie de communiqué.

Le premier ministre Couillard porte la responsabilité d’expliquer à la population comment il compte agir pour que les propos «grossiers» de son ministre ne se répètent plus, a-t-elle conclu.

Rappelons que Richard Henry Bain avait fait irruption à la soirée électorale du Parti québécois qui portait au pouvoir Pauline Marois en septembre 2012. Lourdement armé, il avait abattu un technicien de scène, Denis Blanchette, et en avait blessé un autre avant que son arme ne s’enraye. Mme Marois avait dû être rapidement évacuée au beau milieu de son discours de victoire.

Au terme de plusieurs années de procédures judiciaires, à la fin de leur 11e jour de délibérations, mardi, les jurés ont rejeté la thèse de la défense, qui demandait que Bain soit reconnu non criminellement responsable pour cause de trouble mental. Les jurés ont par contre opté pour l’accusation réduite de meurtre non prémédité, alors que Bain était accusé de meurtre prémédité, l’accusation la plus grave.

Le meurtre non prémédité est passible d’une peine de prison à perpétuité avec une possibilité de libération conditionnelle après 10 à 25 ans — cette décision appartiendra au juge Guy Cournoyer. Les plaidoiries sur la peine se dérouleront en septembre.

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