Le projet de pipeline Énergie Est souhaité par TransCanada entre dans une phase décisive lundi avec le début des séances publiques de l’Office national de l’énergie (ONÉ) à Montréal. L’enjeu est de de taille: autoriser ou non la construction du plus gros pipeline en Amérique du Nord. Un projet très complexe, mais aussi très controversé que Métro vous résume en quatre temps.

1. Eau potable
Un mois après la fuite de 200 000 litres du pipeline Husky Energy, qui n’appartient pas à TransCanada, en Saskatchewan, l’eau n’est toujours pas potable et deux municipalités limitrophes comptent toujours sur 30km de tuyaux pour approvisionner près de 50 000 citoyens. Sachant que le projet Énergie Est traverserait plusieurs cours d’eau connectés au fleuve Saint-Laurent, les prises d’eau potable de près de trois millions d’habitants de la région de Montréal sont à risque en cas de déversement, les usines d’eau potable n’étant pas capables de traiter les hydrocarbures. «À Lac-Mégantic, trois prises d’eau en aval [de l’accident ferroviaire de 2013] ont été fermées pendant 74 jours. Imaginez un déversement majeur avec un pipeline de la taille d’Énergie Est. Il faudrait envisager d’évacuer la ville, car il serait alors impossible d’aller puiser de l’eau ailleurs et de l’amener sur l’île compte tenu de la distance de l’isolement et du débit», selon Guy Coderre, enseignant du Centre national de formation en traitement de l’eau qui présentait ce printemps un mémoire sur le sujet avec 15 autres enseignants. Lors de la crise du verglas, en 1998, le manque d’électricité aux stations d’eau potable avait failli entrainer un tel ordre d’évacuation. Mais remettre le courant est bien plus facile que dépolluer.

2. Crédibilité
L’ONÉ, l’organisme fédéral qui étudie le projet, est sur la sellette. Son président et deux des trois commissaires qui pilotent la consultation ont rencontré de façon non officielle l’ancien premier ministre Jean Charest, au début de 2015, alors consultant pour TransCanada. Interrogé par le National Observer, l’ONÉ a d’abord nié qu’Énergie Est faisait partie des discussions avant de s’excuser quand le média a présenté des preuves irréfutables. «L’impartialité de l’ONÉ est gravement entachée», note Patrick Bonin de Greenpeace Canada, qui soutient la demande de suspension des deux commissaires pilotée par l’organisme EcoJustice. Début 2015, ces deux commissaires ont vu leur mandat renouvelé avant l’échéance par le premier ministre Stephen Harper à la veille des élections fédérales. Sur un autre front, le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE) a entamé des démarches judiciaires contre l’ONÉ pour que les deux langues officielles soient traitées également. Les francophones souhaitant une traduction des 38 000 pages du projet sont redirigés vers le site de TransCanada où la recherche par mots clé n’est accessible que pour les titres de chapitre. «Ça complique énormément le travail des francophones voulant se renseigner», explique Karine Péloffy du CQDE. L’ONÉ assure que plusieurs mesures ont été prises pour assurer le respect de la Loi sur les langues officielles.

3. Impact
Les défenseurs du projet de 15G$ soulignent qu’il  permettrait de créer 3200 emplois directs et indirects pendant les neuf ans de planification et de construction, tout en offrant des débouchés plus sécuritaires que le train pour transporter chaque jour 175 millions de litres de pétrole issu des sables bitumineux. Sans parler des recettes fiscales évaluées à plusieurs milliards de dollars, un approvisionnement jusqu’à 10$ moins élevé que les raffineries américaines, tout en évitant les fuites de capitaux, mentionne Tim Duboyce, porte-parole de TransCanada. Les écologistes soulignent que la réalisation de ce projet est incompatible avec les objectifs du Canada en matière de lutte aux changements climatiques. Selon une étude de l’Institut Pembina, le remplissage d’Énergie Est permettrait une production supplémentaire d’environ 700 000 barils par jour, soit l’équivalent de la pollution de sept millions de voitures chaque jour. Équiterre souligne en outre que le nombre d’incidents par kilomètre de pipeline a doublé en dix ans au Canada. Une fuite inférieure à 1,5% du débit a de bonnes chances d’être indétectable, sauf visuellement par des voisins du pipeline ou grâce à une inspection.

4. Et ensuite?
Les séances publiques se déroulent jusqu’en décembre le long des 4600km de tracé. «L’objectif visé est d’aider le comité à cerner les grands enjeux. Quant aux participants, ils pourront obtenir de l’information pour préparer leurs dépôts écrits en 2017», indique Marc Drolet de l’ONÉ». Des contre-interrogatoires oraux auront eu lieu entre-temps. Durant l’année 2017, le gouvernement du Québec fera aussi connaître sa position après avoir mené sa propre consultation publique. Un processus d’évaluation des émissions de GES, longtemps demandé, sera aussi mené en parallèle. Le rapport et les recommandations de l’ONÉ sont attendus en mars 2018. Le premier ministre Trudeau aura alors six mois pour faire connaître sa position.

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