OTTAWA — Maxime Bernier ne craint pas de froisser le gouvernement du Québec en s’immisçant dans le dossier du contingentement du sirop d’érable dans la province.

Selon le candidat au leadership du Parti conservateur du Canada, les acériculteurs québécois devraient avoir le droit d’exporter librement leur sirop d’érable. À l’heure actuelle, la production au Québec est soumise à un système de gestion de l’offre, et la mise en marché doit obligatoirement se faire par la Fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ), affiliée à l’Union des producteurs agricoles.

En conférence de presse mardi, M. Bernier a exhorté le premier ministre Justin Trudeau à abolir un décret qui étend les pouvoirs de la FPAQ quant à la commercialisation du sirop et de l’eau d’érable sur les marchés provinciaux et internationaux.

À ses yeux, le gouvernement fédéral «ne devrait pas se gêner» pour agir de la sorte, puisque la Constitution du Canada garantit la liberté de commerce entre les provinces.

«Je pense que le fait d’agir pour faire respecter la Constitution canadienne, c’est important, et l’ensemble des Québécois vont comprendre ça. Il ne faut pas se gêner, il faut être fiers des compétences que nous avons dans la Constitution et agir», a-t-il plaidé.

Les provinces ont échoué à faire tomber les obstacles au commerce qui se dressent entre elles, croit M. Bernier.

«Les provinces elles-mêmes sont à l’origine du problème. Elles ne peuvent régler le problème. Le gouvernement fédéral doit agir et ce n’est plus le temps d’avoir des consultations avec les provinces (…), a-t-il insisté. Il s’agit d’avoir du courage et de le faire.»

À ses côtés se trouvait l’acéricultrice Angèle Grenier, qui demande à la Cour suprême du Canada d’entendre sa cause. La FPAQ lui réclame des centaines de milliers de dollars pour avoir exporté elle-même son sirop à l’Île-du-Prince-Édouard et au Nouveau-Brunswick, ce qui contrevient aux règles.

«Moi, au Québec, je suis prise avec ce système qui est un monopole et qui m’enlève tous mes droits», a-t-elle déploré.

Mme Grenier possède une érablière de 7000 arbres, qu’elle exploite depuis 20 ans. En 2011, la FPAQ a demandé à la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec de se pencher sur son cas. On lui reprochait notamment de ne pas s’en tenir à son contingent et de ne pas payer ses contributions à la FPAQ.

Elle a essuyé trois défaites, dont, le 21 juillet dernier, un revers devant la Cour d’appel du Québec. Elle contestait notamment la validité du Décret fédéral sur l’eau d’érable et le sirop d’érable du Québec.

«Si je perds (devant) la Cour suprême, je vais tout perdre. Il ne me restera plus rien», s’est-elle désolée.

M. Bernier n’est pas le seul à critiquer le système actuel de mise en marché des produits de l’érable. En février dernier, un rapport commandé par le ministre québécois de l’Agriculture, Pierre Paradis, recommandait la libéralisation de l’industrie, soumise de plus en plus à la compétition étrangère. Le ministre Paradis avait laissé entendre qu’il ne tabletterait pas le rapport rédigé par l’ex-sous-ministre Florent Gagné.

Le fait que M. Paradis pourrait agir prochainement dans le dossier n’est toutefois pas une raison pour que le fédéral s’empêche d’aller de l’avant, selon M. Bernier.

Il existe 7300 entreprises acéricoles au Québec, qui assurent 72 pour cent de la production mondiale de sirop d’érable.

Au début de la course à la direction du Parti conservateur, M. Bernier s’était attiré les foudres de plusieurs agriculteurs en prenant position contre le système de gestion de l’offre qui prévaut actuellement au pays pour les oeufs, le lait et la volaille.

Aussi dans National :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!