Archives | Chantal Levesque/Métro Benoît Jugand du syndicat RTAM-Metallos, qui représente des chauffeurs de taxi.

QUÉBEC — Les représentants de l’industrie du taxi se rencontreront mardi matin à Montréal pour convenir d’une riposte concertée au projet pilote d’Uber accepté la semaine dernière par le gouvernement Couillard.

C’est ce qu’a fait savoir le porte-parole du Comité provincial de concertation et de développement de l’industrie du taxi (CPCDIT), Guy Chevrette, lundi, au sortir d’une rencontre jugée décevante avec le ministre des Transports, Laurent Lessard.

Le ministre a proposé notamment de suivre et documenter la valeur à la revente des permis de taxi, ainsi que les conditions de vie des chauffeurs, mais son offre a laissé ses interlocuteurs sur leur faim.

«Ce n’était pas emballant, personnellement je suis sorti la ‘falle’ assez basse», a affirmé M. Chevrette, en point de presse dans le hall de l’Assemblée nationale.

Les regroupements de chauffeurs condamnent presque unanimement l’entente avec Uber, mais ils ne s’entendent pas sur la marche à suivre, les moyens de pression à entreprendre. Certains demandaient une suspension du projet pilote, mais ils ne l’ont pas obtenue.

«Ce qu’on veut maintenant, c’est montrer au ministre qu’on est tous unis», a pour sa part affirmé le porte-parole du Regroupement des travailleurs autonomes Métallos (RTAM), Benoît Jugand, qui a aussi obtenu un entretien avec le ministre. Toutefois, il n’y avait rien dans cet entretien pour tempérer ses troupes pressées d’en découdre avec des moyens plus durs.

«Il y a eu de l’écoute, mais est-ce qu’il y a eu des décisions pour qu’on puisse respirer un peu et calmer nos membres? La réponse est non», a-t-il ajouté.

M. Chevrette n’a pas voulu évoquer la possibilité d’une grève comme d’autres l’ont fait. «Je trouve prématuré que certains tirent en l’air avec des moyens d’action qui n’ont pas fait l’objet de discussions globales entre nous», a-t-il affirmé.

Les divers regroupements devraient «sans doute» s’entendre sur un plan d’action mardi, a-t-il poursuivi. Des actions pourraient être posées avant la fin de la semaine, a-t-il indiqué, en évoquant aussi des poursuites judiciaires.

«C’est évident pour lui (le ministre), tout est légal, malgré toutes les preuves qu’on lui donne. Ils pensent qu’ils ont la vérité. Ils considèrent qu’Uber oeuvre dans la légalité présentement. C’est discriminatoire, inéquitable», a dit M. Chevrette.

Le CPCDIT soutient notamment qu’en vertu de la nouvelle loi, le promoteur d’un projet pilote doit avoir un permis d’intermédiaire, ce qu’Uber ne détient pas. Et par ailleurs, le projet pilote n’est pas encore en vigueur, mais les chauffeurs d’Uber poursuivent néanmoins leurs activités illégales, dénonce le CPCDIT.

M. Chevrette prétend que M. Lessard exécute simplement les ordres du cabinet du premier ministre et que c’est Philippe Couillard, au fond, qui tire les ficelles.

«Il n’est pas méchant, M. Lessard, mais il a répondu à une commande», a déploré le représentant du CPCDIT, qui a aussi parlé de «complaisance avec les amis», à propos des relations entre Uber et le gouvernement.

Pour sa part, le ministre a affirmé ne pas sous-estimer la grogne des chauffeurs et dit comprendre qu’«ils sont en maudit». En conférence de presse au parlement en fin de journée, il a affirmé qu’il travaillait pour qu’il n’y ait pas de perturbations, mais dans l’éventualité où il y aurait des moyens de pression, «la population fera ses choix», a-t-il rappelé.

M. Lessard n’a jamais été en mesure de dire clairement si les activités actuelles d’Uber étaient légales ou non, en dépit du fait que l’entente ne soit pas encore en vigueur officiellement.

«On a agi à l’intérieur du cadre légal», a-t-il d’abord déclaré, tout en ajoutant plus loin: «On a soumis aux autorités compétentes, on n’a pas de directives à donner à la police, (…) appliquez selon ce que vous faites normalement».

L’entente entérinée tard mercredi dernier, au terme d’un délai de trois mois de négociations, doit entrer en vigueur 20 jours après sa publication par les voies officielles.

En vertu de cet accord, les chauffeurs d’Uber pourront faire autant d’heures qu’ils le veulent. Aucun plafonnement ne leur est imposé, contrairement aux scénarios qui avaient circulé, mais une redevance en escalier, établie pour chaque course, est instaurée.

Les redevances seront versées dans un fonds de modernisation de l’industrie du taxi, mais rien n’assure qu’elles serviront à indemniser les chauffeurs de taxi dont la valeur des permis achetés à gros prix pourrait diminuer en raison de l’arrivée d’Uber.

Uber devra payer 0,90 $ par course pour les premières 50 000 heures travaillées dans une semaine. Entre 50 000 et 100 000 heures, le montant grimpe à 1,10 $, et pour plus de 100 000 heures, le prélèvement de l’État passe à 1,26 $.

Pour le reste, Uber devra se procurer un permis d’intermédiaire de taxi, mais ses chauffeurs n’auront pas à se procurer à gros prix le fameux permis contingenté actuel qui a coûté si cher aux chauffeurs de taxi.

Parmi les autres points saillants:

– Uber devra payer ses impôts et ses chauffeurs percevront les taxes et paieront des impôts;

– les chauffeurs devront obtenir un permis de classe 4C, comme les chauffeurs de taxi;

– ils devront passer un examen médical et une habilitation de sécurité;

– ils devront se munir d’une police d’assurance adéquate;

– les véhicules qui servent à Uber devront être inspectés;

– les véhicules d’Uber devront être identifiés par une signalisation particulière qui reste à être déterminée;

– les chauffeurs d’Uber ne seront pas limités à des territoires déterminés, comme le sont les taxis réguliers;

– les tarifs d’Uber pourront être modulés en fonction des périodes de pointe de la demande.

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