QUÉBEC — Les cas d’abus des personnes les plus vulnérables augmentent parce que le Curateur public n’arrive plus à accomplir sa mission.

C’est ce qu’ont dénoncé à l’unisson des organismes et un syndicat vendredi, en réclamant la fin des compressions du gouvernement Couillard et un réinvestissement pour améliorer les services du Curateur.

Les syndiqués sont alarmés par un document interne qui évoque notamment des scénarios de privatisation, de hausse de tarifs et de réduction de services.

«L’augmentation de la charge de travail place l’organisation aux limites de ses capacités», peut-on lire dans le document obtenu par le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) par l’entremise de la Loi d’accès à l’information.

«L’actuel dispositif sur lequel repose la protection de ces personnes et de leurs biens parvient difficilement à répondre à l’ensemble des besoins et le pourra encore moins dans les années à venir compte tenu de l’accroissement anticipé», lit-on plus loin.

La situation actuelle est devenue «critique», avec les politiques d’austérité du gouvernement Couillard, a affirmé le président du SFPQ, Christian Daigle, au cours d’une conférence de presse à la Tribune de la presse parlementaire à Québec. En 10 ans, les effectifs syndiqués sont passés d’environ 340 à 300.

La clientèle augmente et le Curateur a du mal à assurer les services de soutien, d’accompagnement des familles, de vérification auprès des personnes sous curatelle et des personnes responsables de curatelle, a-t-il ajouté.

«Le fait de ne pouvoir faire les vérifications, oui, cela est propice aux abus», a-t-il dit.

À ses côtés, la directrice générale de l’Association des groupes d’intervention en défense des droits en santé mentale (AGIDD), Doris Provencher, a confirmé qu’il y a beaucoup d’abus particulièrement chez les personnes plus isolées.

«Ce n’est pas nécessairement de gros abus: on rogne sur la nourriture, sur les vêtements, il y a beaucoup d’abus et les gens n’arrivent pas à contacter leur curateur délégué», a-t-elle expliqué.

Elle a aussi donné des exemples de l’impuissance des personnes qui dépendent du Curateur public. «Ça peut prendre des semaines avant qu’une personne puisse avoir accès à son curateur pour obtenir une paire de bottes l’hiver», a-t-elle dit.

Judith Gagnon, de l’Association de défense des droits des personnes retraitées, s’est indignée du sort qu’on réserve à ces personnes qui ne peuvent manifester leur mécontentement.

«Ce sont les plus vulnérables, les sans voix, des gens qui n’ont pas de poids social. Ils ne sont pas millionnaires et on leur coupe des services. Ont-ils moins de droits parce qu’ils sont plus vulnérables? Les services devraient être de haute qualité. Ce n’est pas de leur faute, ils sont dans une situation difficile et on devrait les protéger», a-t-elle dit.

Le Curateur public, Normand Jutras, répond à une commande politique du gouvernement Couillard plutôt que de protéger les personnes inaptes comme le veut sa mission, a résumé M. Daigle.

«(Le Curateur public) prend des décisions sans consulter, ni les proches, ni le milieu, il engage le destin de 40 000 sous curatelle privée et publique, sans aucun débat public, c’est inacceptable», a affirmé le directeur de l’Association pour la défense des personnes et de leurs biens sous curatelle publique, Ura Greenbaum.

Le regroupement réclame l’abandon des scénarios de privatisation et de réduction de services, l’augmentation du financement du Curateur public et l’embauche de personnel.

En 2014-2015, le budget du Curateur public était de 57,9 millions $, tandis qu’en 2013-2014, il était de 55,7 millions $.

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