JOHN WOODS Justin Trudeau.

OTTAWA — L’automne sera-t-il rouge à Ottawa? La question se pose, alors que les libéraux, dominants dans les sondages, rentrent au Parlement avec aux commandes un chef toujours aussi populaire face à trois partis d’opposition en phase de reconstruction et à la recherche d’un nouveau capitaine.

La session parlementaire qui s’amorce lundi ne sera cependant pas de tout repos pour le gouvernement de Justin Trudeau. Deux enjeux particulièrement sensibles pour le Québec — les transferts en santé et le projet d’oléoduc Énergie Est — pourraient lui donner du fil à retordre.

Dans le dossier des transferts en santé, la table est mise pour un affrontement entre les provinces et Ottawa, qui a décidé d’aller de l’avant avec l’abaissement du taux de croissance annuel adopté sous les conservateurs et signalé que tout autre financement en santé serait rattaché à des conditions.

Tout en plaidant qu’il est «tout à fait légitime (pour le gouvernement fédéral) d’avoir des objectifs en santé au niveau national», le secrétaire parlementaire du ministre des Finances, François-Philippe Champagne, assure que les libéraux adoptent une approche de «fédéralisme ouvert».

«Ce qu’on veut, c’est que ça fonctionne. (…) Je suis confiant qu’on va trouver une façon de s’entendre avec les provinces là-dessus en tenant compte de la situation fiscale de l’un et de l’autre», a-t-il affirmé en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, a affirmé jeudi dernier que le choix des libéraux de poursuivre dans la même voie que les conservateurs fait en sorte que «les gens qui ont voulu du changement sont en train de déchanter de plus en plus».

Son homologue au Bloc québécois, Rhéal Fortin, promet de faire de ce dossier une priorité à la rentrée. «Ce gouvernement-là a abandonné le Québec à plusieurs égards, puis les transferts en santé, c’en est un. C’est peut-être celui qui est le plus évident», a-t-il pesté à l’autre bout du fil.

La formation indépendantiste compte par ailleurs talonner le gouvernement libéral sur le projet Énergie Est, même si son leader est d’avis que le sort en est déjà jeté. «M. Trudeau tergiverse, là, mais ça nous apparaît assez évident de notre côté que son lit est fait», a suggéré M. Fortin.

Les libéraux sont accusés de souffler le chaud et le froid dans ce dossier. Les choses se sont corsées encore davantage, il y a un peu plus d’une semaine, lorsque le panel de l’Office national de l’énergie (ONÉ) chargé d’évaluer le projet s’est récusé «compte tenu d’allégations de partialité».

Les conservateurs, eux, défendront bec et ongles ce projet énergétique qui «favorisera la création d’emplois», a martelé la leader intérimaire de la formation, Rona Ambrose, lors de la conférence de presse de clôture du caucus présessionnel, mercredi dernier, à Halifax.

Mais de façon plus large, c’est l’économie qui sera le cheval de bataille des conservateurs, a-t-elle tenu à préciser. «On constate que le plan libéral ne fonctionne pas. Et les perspectives économiques sont de plus en plus sombres», a dit Mme Ambrose.

Du côté du Parti libéral, on ne partage évidemment pas cette lecture, même si la croissance économique n’est pas encore au rendez-vous et que le gouvernement fédéral a enregistré un déficit de 1 milliard $ au premier trimestre de l’exercice en cours.

«Je pense qu’il faut donner le temps au temps. (…) Je suis confiant pour l’avenir, je pense que les mesures qu’on prend, c’est les bonnes. C’est clair que le Canada est tributaire aussi de ce qui se passe à l’échelle mondiale», a fait valoir François-Philippe Champagne.

Pour tous ces enjeux et les autres qui apparaîtront au calendrier des travaux, la tâche des libéraux pourrait être facilitée par le contexte politique. Car les libéraux, majoritaires en Chambre et populaires dans les sondages, ont face à eux des formations en période de transition.

Chez les conservateurs, la course à la direction est bien enclenchée, avec déjà une première controverse au compteur, gracieuseté de la candidate Kellie Leitch et sa suggestion de dépister les immigrants aux «valeurs anticanadiennes».

L’idée a divisé les troupes, si bien que Mme Ambrose a ressenti mardi dernier le besoin de lancer un appel à l’unité. «Nous savons que les polémiques font gonfler les cotes d’écoute, que ceux qui sont à l’extérieur de notre parti feront tout en leur pouvoir pour nous diviser», a-t-elle prévenu.

Dans le même discours, livré en ouverture du caucus présessionnel de son parti, elle s’en est même prise à Thomas Mulcair, qui a selon elle renoncé à réclamer des comptes aux libéraux. «Où est passé Angry Tom?», a-t-elle raillé.

Il était à Montréal, au caucus présessionnel de son parti.

Là aussi, la course à la direction était sur toutes les lèvres. Et le chef Thomas Mulcair a été contraint de faire taire des rumeurs d’un présumé mécontentement au sujet de sa décision de demeurer en poste jusqu’à l’élection d’un successeur à la barre du parti.

Alors qu’il est en si bonne posture sur l’échiquier politique fédéral, le gouvernement de Justin Trudeau a-t-il vraiment quelque chose à craindre de la part des partis d’opposition en Chambre?

Le chef du Bloc assure que si. «Si M. Trudeau pense que l’opposition ne sera pas présente, il risque d’avoir des belles surprises à la rentrée, a insisté M. Fortin. Le Bloc va être là. Que le chef soit intérimaire ou pas, quant à moi, ça ne changera rien, là-dessus. Nos priorités sont claires.»

De son côté, le secrétaire parlementaire François-Philippe Champagne jure que les libéraux ne s’assoiront pas sur leurs lauriers.

«Notre ‘focus’ va vraiment être sur l’agenda législatif, continuer de focaliser sur l’innovation, les infrastructures. Je pense qu’on va regarder vraiment de notre côté de la patinoire et continuer de travailler pour les Canadiens», a-t-il expliqué.

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