Sean Kilpatrick Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

OTTAWA — L’ex-statisticien en chef du pays soutient que le gouvernement libéral l’a pris au mot et a saisi sa menace de démission en le remerciant de ses loyaux services, la semaine dernière.

Wayne Smith a effectivement quitté son poste vendredi après-midi. Dans sa lettre de démission, il accuse Ottawa de miner l’indépendance de Statistique Canada en forçant l’agence à utiliser le système informatique centralisé du gouvernement, Services partagés Canada.

Selon M. Smith, des responsables fédéraux lui ont expliqué que le système informatique centralisé risquait de s’écrouler si Statistique Canada cessait de l’utiliser, car d’autres agences et ministères pourraient être alors tentés de l’imiter.

M. Smith dit avoir écrit au premier ministre Justin Trudeau au début du mois d’août pour lui faire part de ses inquiétudes au sujet du système informatique centralisé, et a menacé de démissionner si le gouvernement n’arrivait pas à trouver une solution convenable pour l’agence nationale de la statistique.

Il ajoute n’avoir reçu aucune réponse jusqu’au milieu de la semaine dernière, lorsque M. Trudeau a répondu par lettre qu’il était déterminé à donner à Statistique Canada une plus grande indépendance. Mais dans une deuxième lettre, le greffier du Conseil privé, numéro un de la fonction publique canadienne, annonçait à M. Smith que le gouvernement acceptait sa démission.

Vendredi, alors que M. Smith publiait sa lettre de démission, le premier ministre, dans un communiqué laconique, le remerciait pour ses services et annonçait l’identité de son successeur.

M. Smith se demande aujourd’hui comment ce gouvernement pourra respecter sa promesse de donner à Statistique Canada plus d’indépendance face aux interventions politiques. Il s’étonnait par ailleurs, lundi, que son successeur ait été choisi par le gouvernement alors que les libéraux plaidaient il y a deux ans que cette nomination devrait être faite par un comité indépendant.

La question de l’indépendance de Statistique Canada se résume à la crédibilité de l’agence et des informations qu’elle offre aux contribuables et aux gouvernements, estime M. Smith. «Lorsque l’on publie des données, les gens doivent avoir confiance — et ils n’auront pas confiance si des forces externes peuvent influencer Statistique Canada ou l’empêcher de remplir sa mission», selon l’ex-statisticien en chef.

Services partagés Canada avait été créé par le précédent gouvernement conservateur en 2011 afin de réaliser des économies d’échelle en centralisant tous les services de technologies de l’information. Un rapport du vérificateur général l’an dernier a été très critique face à la performance de cette agence, et s’interrogeait même sur les économies réalisées.

Le président de Services partagés Canada explique que son agence a déployé de grands efforts pour tenter de répondre aux besoins de Statistique Canada. Ron Parker soutient que lors d’une rencontre avec M. Smith, en avril, le statisticien en chef n’avait fait part d’aucun problème particulier en matière de capacité informatique ou de fonctionnement. Par ailleurs, dit-il, Services partagés Canada accroît actuellement ses capacités informatiques pour Statistique Canada.

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