Le Moyen Âge est bien loin derrière nous. Pourtant, il est encore d’actualité de se doter d’armoiries officielles. C’est ce que près d’une centaine de particuliers, d’entreprises ou d’organismes canadiens font chaque année.

Pour une somme avoisinant les 2 000$, tout citoyen canadien peut demander à l’Autorité héraldique du Canada de lui créer des armoiries qu’il pourra transmettre à sa descendance, et ce, à perpétuité.

«On n’a pas besoin de titre de noblesse, affirme d’emblée le hérault d’armes du Canada, Claire Boudreau. Mais il faut démontrer qu’on a contribué au mieux-être de sa communauté. Puisque l’Autorité héraldique fait partie de la Chancellerie des distinctions honorifiques, qui relève du secrétaire du gouverneur général, on doit s’assurer que les emblèmes sont là pour honorer les gens.»

Ainsi, si vous prouvez à l’Autorité héraldique que vous êtes digne de recevoir des armoiries, vous pourrez commencer tout le processus de choix du dessin et de création artistique. Cette démarche dure quelques mois mais peut s’étendre sur des années.

«On pose beaucoup de questions, explique Mme Boudreau. Des armoiries, c’est juste un dessin, mais c’est ton dessin, c’est toi à la fin. Il faut que tu te reconnaisses, et nous, on va aller chercher ça.»

Malgré toute la symbolique attachée à chaque dessin, le demandeur a donc le choix des éléments et des couleurs qu’il désire voir intégrer dans ses armoiries. «On peut tout mettre, sauf une exception : la couronne royale. Mais est-ce que tu veux, par exemple, un lavabo, pour toujours, et transmettre ça à tes enfants? blague Claire Boudreau. On se dirige donc vers les choix les plus nobles, qui parlent de ta vie.»

Par exemple, le chef de la direction de la fromagerie Saputo, Lino Anthony Saputo, a un fromage surmonté d’une bouteille de lait comme cimier, qui est la partie supérieure des armoiries.

Les choix des animaux est libre lui aussi. Par exemple, les supports (animaux situés de part et d’autre de l’écu central) de l’Autorité héraldique sont mi-ours polaire, mi-corbeau, pour représenter les Inuits et les Premières Nations. Toutefois, les supports sont réservés à certaines fonctions, prévient Mme Boudreau.

Une fois effectué le choix des éléments et des couleurs, un artiste s’occupera de la réalisation de la peinture des armoiries, qui seront expédiées par la poste au demandeur avec tous les documents légaux liés à son emblème. «Toutes les armoiries sont différentes, mais ça peut prendre deux semaines à dessiner et quatre semaines à peindre, indique le hérault Fraser et artiste principale de l’Autorité héraldique, Cathy Bursey-Sabourin. C’est fait à la main, donc ça prend du temps.»

L’artiste peut également suggérer des modifications à l’esquisse ou faire preuve de créativité. «Pour le gouverneur général, David Johnston, il voulait des licornes, mais je ne souhaitais pas qu’elles ressemblent à de gentilles pouliches, alors je leur ai donné un aspect plus costaud et plus féroce qu’habituellement.»

Tous les emblèmes décernés par l’Autorité héraldique du Canada depuis sa création, en 1988, se trouvent dans un registre en ligne.

Quelques cas
De nombreuses villes du Canada possèdent des armoiries officielles, de même que tous les corps militaires, les gouverneurs généraux et les anciens premiers ministres. «Nous venons de terminer celles de Paul Martin et nous allons sûrement commencer celles de Stephen Harper bientôt, a indiqué Mme Boudreau. Celles de Jean Chrétien sont encore en cours de création.»

Justin Trudeau, pour sa part, hérite de celles créées pour son père Pierre Elliott.

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