Jacques Boissinot/THE CANADIAN PRESS Dominique Anglade, Pierre Gabriel Côté

QUÉBEC — Investissement Québec a défendu les primes versées à ses effectifs, mais a reconnu que ses objectifs ne sont pas assez contraignants.

En commission parlementaire mercredi, la direction du bras financier du gouvernement est revenue sur la controverse entourant les primes accordées à son personnel.

Au début de septembre, on avait appris que les primes annuelles chez IQ restaient à peu près les mêmes depuis 2011, en dépit du fait que le résultat net était en baisse du tiers, de 96 millions $ en 2014-2015 à 67 millions $ en 2015-2016.

Les 10 vice-présidents d’IQ ont partagé entre eux 663 000 $ en primes, soit une moyenne de 66 275 $ par personne. De son côté, le personnel a aussi eu droit à des primes, mais plus modestes. Pas moins de 85 pour cent des effectifs totaux de 500 personnes ont touché une prime.

Devant la commission de l’administration publique, le président-directeur général, Pierre Gabriel Côté, a d’abord justifié les bonis à tout le personnel, syndiqués inclus, au nom d’un principe de «mobilisation» des employés.

Il a aussi défendu l’ampleur des enveloppes versées, qui correspondrait à ce qui se fait ailleurs dans d’autres organisations similaires.

«Tout ça doit être bien pondéré, mais le niveau de bonis par échelons dans l’organisation a été à ce moment-là (en 2011) calibré selon les normes du marché», a expliqué M. Côté.

Mais du même souffle, il a reconnu que le problème se trouvait ailleurs, dans la fixation des objectifs d’IQ. On pourrait en exiger davantage de cette société.

«Là où le bât blesse, c’est dans la calibration des objectifs, a-t-il affirmé. D’une année à l’autre, les objectifs ne sont pas assez contraignants», comme l’avait déploré la vérificatrice générale dans son rapport de juin dernier.

Cependant, M. Côté a fait valoir le statut particulier de son organisation, qui se distingue, par exemple, de la Banque de développement du Canada (BDC), selon lui.

Plus de 50 pour cent du portefeuille d’IQ est constitué de prises de participation et seulement 37 pour cent de dette, tandis que pour la BDC, le ratio est de 94 pour cent de dette, a-t-il fait remarquer. Ce qui fait que la prévisibilité du rendement dépend de la vente d’actifs, a poursuivi le grand patron d’IQ.

La prévisibilité de la rentabilité en est donc rendue plus «difficile» et le ministère des Finances ajuste donc les objectifs en conséquence à la baisse, a-t-il dit.

M. Côté a convenu qu’il faut changer les façons de faire d’IQ, qui mesure actuellement en «volume» annuel, par exemple, un milliard de dollars par an à déployer et 1300 interventions, et «on efface le tableau tous les ans».

Or, il préconise maintenant une perspective à plus moyen terme, à l’instar d’autres organisations. «Dans les vraies sociétés d’aujourd’hui, les rendements sont vus sur deux ans sur trois.»

L’opposition caquiste, qui avait exigé que des têtes roulent à la direction d’IQ à la suite de la controverse sur les primes, maintient ses critiques. La CAQ rappelle que les indicateurs d’IQ sont accablants en matière d’emplois créés ou préservés: 8000 emplois en 2013-2014, 7000 en 2014-2015 et 6000 en 2015-2016.

«Il est inacceptable pour nous qu’on ait versé des bonis malgré des résultats nets à la baisse, un nombre d’interventions financières à la baisse et une valeur déclarée des projets à la baisse, a déclaré porte-parole de la CAQ en matière de finances publiques, François Bonnardel. Ce sont des indicateurs qui démontrent qu’aucun boni n’aurait dû être accordé. Il en aurait été ainsi dans une société privée à tout le moins. Il y a un grand ménage à faire dans les critères qui déterminent l’octroi de bonis chez IQ.»

Investissement Québec déposait aussi mercredi des propositions en réponse aux recommandations de la vérificatrice générale soumises dans son rapport très sévère du mois de juin, concernant entre autres l’affaire Rona.

La société d’État détenait 150 millions d’actions du quincaillier, soit une minorité de blocage potentielle, mais les a liquidées en douce en 2014 avant l’achat de l’entreprise par le géant américain Lowe’s, au début de cette année.

Le ministre responsable de l’époque, Jacques Daoust, a toujours maintenu qu’il n’en savait rien, jusqu’à ce qu’une série de courriels révèle que son cabinet était au courant, ce qui a entraîné sa démission le 19 août.

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