Adrian Wyld Adrian Wyld / La Presse Canadienne

OTTAWA — La ministre des Institutions démocratiques, Maryam Monsef, dit être «passée par une gamme d’émotions» après que sa mère lui eut confirmé qu’elle est née en Iran et non en Afghanistan, contrairement à ce qu’elle avait toujours affirmé publiquement.

«Lors des derniers jours, ma mère a avoué à mes soeurs et moi pour la première fois que nous sommes les trois en fait nées à Mashhad en Iran, soit à environ 200 km de la frontière afghane», est-il écrit dans une déclaration transmise jeudi matin par son bureau.

Ce sont les questions soulevées par le quotidien torontois The Globe and Mail qui ont poussé Mme Monsef, arrivée au Canada à l’âge de 11 ans, à confronter sa mère. C’est ainsi qu’elle a découvert le pot aux roses, après qu’on lui eut «laissé entendre durant toute (sa) vie» qu’elle était née à Hérat, en Afghanistan.

La ministre précise dans sa déclaration que selon sa mère, le détail de son lieu de naissance n’était pas «significatif», car en vertu de la loi iranienne, ses soeurs et elle étaient citoyennes afghanes puisque nées de parents afghans.

«Certains survivants croient que la guérison vient de la transmission de leur histoire; certains autres ne peuvent pas entrevoir revisiter le passé. Ma mère n’a jamais parlé de l’horrible douleur que le conflit et la terreur lui ont infligée», expose Mme Monsef.

La ministre a voulu, avec cette déclaration, «clarifier quelques malentendus», consciente que son histoire a «résonné auprès des Canadiens» – une histoire qu’avait même évoquée le président américain Barack Obama dans son discours au Parlement, en juin dernier.

Au bureau du premier ministre Justin Trudeau, on n’était pas au courant du fait que Mme Monsef, détentrice d’un passeport afghan et d’un passeport canadien, était native de l’Iran et non de l’Afghanistan.

«Jusqu’à tout récemment, Maryam Monsef croyait qu’elle était née en Afghanistan. Ainsi, lorsqu’elle a fait sa demande de passeport canadien, elle a indiqué Hérat comme (lieu de naissance)», a expliqué dans un courriel son directeur des communications, Jean-Bruno Villeneuve.

«Maintenant qu’elle sait que ce n’est pas exact, elle fera les démarches nécessaires afin de rectifier cette erreur non intentionnelle», a-t-il ajouté.

La députée néo-démocrate Jenny Kwan se demande comment on a pu rater cette «information clé» au cours du processus de vérification, une tâche qui incombe au Bureau du Conseil privé.

«Ils devront se pencher sur le processus à l’interne pour tenter de voir où il y a eu des ratés», a-t-elle soutenu en mêlée de presse, disant espérer que la ministre des Institutions démocratiques n’a pas sciemment modifié des pans de son histoire personnelle.

«Il semble qu’elle pourrait avoir fourni des informations erronées. J’espère qu’il n’était pas dans son intention de délibérément induire les Canadiens en erreur», a soutenu Mme Kwan.

De son côté, le chef du Bloc québécois, Rhéal Fortin, n’a pas voulu spéculer sur ce point, semblant prêt à accorder le bénéfice du doute à Mme Monsef.

Mais sur le fond, «qu’elle soit née en Afghanistan, en Iran ou ailleurs, ça ne m’apparaît pas changer quoi que ce soit», a-t-il fait valoir.

Peu de membres du cabinet ont voulu commenter directement cette affaire, jeudi.

La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, lui a cependant offert son appui.

«Mme Monsef est d’origine afghane, elle vient d’une famille afghane. Je comprends également que son histoire est triste, mais, en même temps, (c’est) une histoire de résilience», a-t-elle offert en mêlée de presse dans le foyer des Communes.

«On peut être très fiers de l’avoir au sein de notre caucus et je suis très fière de l’avoir à mes côtés (…) au conseil des ministres», a ajouté Mme Joly.

La ministre Monsef n’était pas disponible pour une entrevue, jeudi.

Son directeur des communications a expliqué qu’elle poursuivait sa tournée nationale de consultation sur la réforme électorale, «tel que prévu depuis plusieurs semaines».

Aussi dans National :

blog comments powered by Disqus