Laurent Gillieron Laurent Gillieron / The Associated Press

TORONTO — Une petite mais florissante municipalité de l’Ontario qui voulait acheter un puits pour assurer son approvisionnement futur en eau potable s’est fait damer le pion par le géant Nestlé.

La multinationale suisse, qui peut déjà puiser, pour embouteillage, jusqu’à 3,6 millions de litres par jour d’un site voisin, à Aberfoyle, a acquis le puits de l’entreprise Middlebrook Water le mois dernier.

Nestlé avait déjà déposé en 2015 une offre d’achat conditionnelle pour ce puits, mais lorsqu’une nouvelle offre a été soumise, elle a abandonné toutes ses conditions et égalé la soumission. Un porte-parole de Nestlé a soutenu que l’entreprise ignorait complètement que l’autre soumissionnaire pour le site de cinq hectares était en fait le canton de Centre-Wellington, situé à une centaine de kilomètres à l’ouest de Toronto. Nestlé soutient que le site de Middlebrook assurera la croissance de ses activités dans la région et servira de soutien à son usine d’Aberfoyle.

Le maire du canton de Centre-Wellington, Kelly Linton, explique que la municipalité voulait justement acquérir le puits pour assurer son plein contrôle sur l’approvisionnement en eau potable, à l’abri de l’entreprise privée. Le maire Linton n’a pas dévoilé le montant de l’offre présentée par le canton, mais il a précisé que cette offre ne comportait aucune condition.

Selon lui, l’offre conditionnelle initiale de Nestlé prévoyait par exemple des tests sur la qualité et la quantité de l’eau contenue dans le puits de Middlebrook, mais que la multinationale a finalement renoncé à ces conditions pour s’assurer de décrocher la vente.

Le ministère provincial de l’Environnement, qui n’avait pas encore statué sur la demande de Nestlé pour des activités d’exploration, a rappelé qu’il s’agit d’une transaction strictement privée, qui ne le concerne pas.

Le prélèvement d’eau est devenu un sujet controversé en Ontario. Le mois dernier, La Presse canadienne révélait que la province tirait des redevances de 3,71 $ par million de litres d’eau puisée, alors que le Québec, autre grand fournisseur d’eau pour l’embouteillage, en exige 70 $ — près de 20 fois plus. La première ministre Kathleen Wynne a depuis demandé à son ministre de l’Environnement de revoir cette grille de redevances.

La multinationale Nestlé, qui emploie 2500 personnes en Ontario, dont plus de 300 pour l’eau en bouteilles, se dit prête à payer davantage pourvu que toutes ses concurrentes soient traitées de la même façon.

Aussi dans National :

blog comments powered by Disqus