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TORONTO — Lorsqu’un article portant sur un promoteur de condos ayant oublié d’inclure des salles de bain dans un gratte-ciel de la région de Toronto est devenu viral la semaine dernière, les auteurs de l’émission satirique de CBC «This Is That» ont réalisé une chose: plusieurs des personnes ayant entendu, lu ou partagé la nouvelle croyaient qu’elle était vraie.

Ce n’était pas la première fois que les lecteurs et auditeurs avaient cru que les propos de l’émission de radio étaient véridiques — les animateurs font régulièrement jouer des messages vocaux de gens qui croient qu’il s’agit de véritables nouvelles —, mais suffisamment de gens ont communiqué avec CBC cette fois pour que le diffuseur public prenne une mesure draconienne pour s’assurer qu’il n’y a aucune confusion.

Ainsi, les manchettes de l’émission publiées en ligne incluent un mot, en lettres majuscules: SATIRE.

«Nous avons immédiatement réalisé que nous devions agir tout de suite, parce que la dernière chose que nous voulons est de piéger les gens et nuire à notre équipe d’information», a expliqué Jeff Ulster, directeur du contenu numérique de CBC Radio.

Le problème résidait en partie dans le fait que les gens ne lisaient souvent que les titres, qui apparaissaient sur Facebook, Twitter et d’autres sites. On voyait que la nouvelle venait de CBC, mais il n’était précisé nulle part qu’elle venait du site humoristique du diffuseur, a ajouté M. Ulster. Le réseau cherche actuellement à modifier la façon dont les manchettes sont présentées sur les médias sociaux, a-t-il souligné.

CBC n’est cependant pas le seul média à avoir trompé des lecteurs avec son humour. Au fil des ans, des articles du renommé site satirique The Onion ont été republiés dans des médias étrangers et ont provoqué au moins une enquête policière. Ses histoires sont si souvent partagées comme si elles étaient vraies sur Facebook qu’au moins un site est voué à faire la lumière sur de tels incidents.

Certains experts croient que la prolifération des sources de nouvelles et de satire, de même que la facilité et la vitesse de partage dans les médias sociaux, combinés à la capacité d’attention limitée des lecteurs font en sorte qu’un certain pourcentage des internautes tombent facilement dans le panneau. Et personne n’est complètement immunisé aux fausses nouvelles, préviennent-ils.

Il y a une décennie environ, il n’existait que très peu de sites de nouvelles satiriques, et The Onion dominait largement le marché. Depuis, se sont ajoutés de nombreux concurrents, incluant le site humoristique canadien The Beaverton, le site de nouvelles musicales satiriques The Hard Times, et une parodie de magazines féminins baptisée Reductress.

Au Québec, les sites du genre se sont également multipliés, avec notamment Le Journal de Mourréal, Le Navet et La Pravda.

Certains ont suggéré que la prévalence de fausses nouvelles crédibles pourrait venir ébranler le discours politique ou nuire en la confiance du public envers les médias, bien que dans la majorité des cas, la confusion sout temporaire et ne provoque qu’un peu d’embarras chez ceux qui les partagent.

La tendance vers les nouvelles et les titres sensationnalistes du côté des véritables médias vient aussi brouiller les lignes, croit Gavin Adamson, professeur de journalisme à l’Université Ryerson.

«Il y a quelque chose là-dedans qui vient répondre à notre désir d’entendre quelque chose d’abracadabrant, a-t-il dit. Ça n’arrive pas seulement avec les fausses nouvelles, avec les vraies aussi. Souvent, les nouvelles les plus lues sont les choses bizarres et incroyables, et parfois, l’incroyable se produit réellement.»

Les médias sociaux exposent également les internautes à des articles venant de sites qu’ils ne visiteraient probablement jamais dans d’autres circonstances, et certains peuvent donc être pris par surprise, ajoute-t-il.

«Votre scepticisme n’est pas nécessairement à son degré le plus élevé lorsque vous ne faites que regarder distraitement Facebook ou Twitter, que vous n’essayez que de vous divertir», soutient M. Adamson.

Si on ajoute à tout cela le fait que plusieurs personnes ne lisent pas les histoires jusqu’au bout, on comprend qu’il est facile de manquer des indices, a-t-il ajouté.

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