Jacques Boissinot Laurent Lessard

REYKJAVIK, Islande — Il n’est pas question que Laurent Lessard quitte le conseil des ministres, a affirmé catégoriquement, jeudi, le premier ministre Philippe Couillard, imperméable à la controverse qui secoue son ministre des Transports.

Malgré l’accumulation d’allégations de conflit d’intérêts qui visent le ministre Lessard depuis des semaines, M. Couillard continue à lui témoigner une confiance sans faille. Son homme de confiance a pourtant été de nouveau éclaboussé jeudi en chambre, cette fois avec des allégations de favoritisme.

À Reykjavik, en Islande, où il mène une mission de trois jours, M. Couillard a pris une fois de plus la défense de son ministre sur la sellette en raison de ses liens avec un ex-employé, Yvon Nadeau, qui dirigeait des entreprises dans certains cas tributaires de l’aide financière gouvernementale, tout en oeuvrant au bureau de M. Lessard.

Lors d’une mêlée de presse, M. Couillard a vanté les mérites de son ministre des Transports, «un homme politique important pour mon gouvernement», un homme «fort» qui, selon lui, a toujours «répondu très bien aux questions» de l’opposition et des médias relativement aux divers cas soulevés.

Malgré la série de controverses documentées par l’opposition, Laurent Lessard «conserve toute sa crédibilité et son efficacité», selon le premier ministre.

«Il est très actif dans notre gouvernement. Il est très actif dans sa région. Pour le reste, le Commissaire à l’éthique se prononcera», a-t-il commenté.

Le Commissaire à l’éthique enquête particulièrement sur les liens entre M. Lessard et l’octroi d’une subvention de 3 millions $ versée en 2015 à Pyrobiom Énergies, dirigée par son ami et ex-employé Yvon Nadeau.

Il a réduit la controverse persistante autour du ministre des Transports à une «stratégie» orchestrée par les partis d’opposition pour «déstabiliser M. Lessard». Tous les partis d’opposition ont réclamé sa démission.

Jeudi, la députée péquiste Agnès Maltais est revenue à la charge avec de nouvelles révélations. En juillet 2014, M. Lessard, alors ministre des Forêts, avait bloqué la vente de la scierie de Kruger à Parent convoitée par Produits forestiers Résolu. Ainsi Rémabec a pu racheter l’usine, ce qui a pavé la voie au projet d’Yvon Nadeau avec Pyrobiom, dont la société mère est Rémabec.

«Si Résolu achète l’usine, le projet d’Yvon Nadeau tombe, a résumé Mme Maltais. Le ministre est intervenu directement, publiquement dans la transaction. Il s’en est même vanté publiquement. (…) Ça fait trois semaines qu’il nous serine qu’il a suivi les directives puis qu’il s’est tenu loin du dossier. Comment a-t-il pu intervenir publiquement dans le dossier qui privilégiait son ami et employé?»

La députée de Taschereau l’accuse ainsi d’avoir contrevenu aux règles du Commissaire à l’éthique en s’ingérant dans le dossier de son ami et ex-employé.

Pour sa part, M. Lessard s’est défendu d’avoir fait du favoritisme. Il a dit être intervenu pour faire respecter la loi et préserver les emplois. Il soutient que Résolu voulait en fait racheter les installations pour obtenir le volume d’approvisionnement en bois qui y était rattaché, mais non pour les exploiter.

«C’est ridicule, ce que j’entends aujourd’hui, a déploré M. Lessard en chambre. (…) La loi ne permet pas de céder une garantie d’approvisionnement à quelqu’un qui ne veut pas exploiter l’usine. Qu’est-ce que c’est qu’elle ne comprend pas là-dedans?»

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