QUÉBEC — Le premier ministre Philippe Couillard s’est défendu, mercredi, d’avoir fait preuve d’intolérance lorsqu’il a établi une «parenté familière» entre le nouveau chef péquiste Jean-François Lisée et l’extrême-droite européenne.

M. Couillard a déclaré dans une conférence de presse qu’il ne regrettait pas d’avoir réagi ainsi à l’élection de M. Lisée, vendredi.

Le premier ministre a affirmé que M. Lisée avait commis plusieurs dérapages sur les questions identitaires, durant la course à la direction.

«M. Lisée, je ne veux absolument pas l’associer à quelque parti que ce soit, a-t-il dit. Ce que je remarque cependant, c’est que les déclarations entendues au cours de la campagne au leadership étaient franchement inquiétantes.»

M. Couillard a donné des exemples de critiques formulées contre les positions de M. Lisée, qui veut revoir les seuils d’immigration en plus d’être ouvert à discuter de l’interdiction de la burqa dans l’espace public.

«Je n’invente pas ça, a-t-il dit. Je suis favorable à la liberté d’expression, mais j’ai tout à fait la légitimité de faire des remarques sur ce type de discours là.»

M. Couillard a souligné au passage que M. Lisée avait déjà répété à deux occasions qu’il souhaitait rééquilibrer ses positions sur les questions identitaires, depuis son élection.

«Je crois qu’il a l’intelligence nécessaire pour ramener son propos à plus d’équilibre, c’est un bon signal de sa part», a-t-il dit.

Lundi, M. Lisée avait également accusé M. Couillard de faire preuve d’intolérance en l’associant à l’extrême-droite.

Samedi, alors que M. Couillard venait de faire ses déclarations au sujet de M. Lisée, son cabinet a téléphoné dans plusieurs salles de rédaction pour éviter que le lien qu’il a fait avec l’extrême-droite soit rapporté.

Mercredi, M. Couillard a assumé pleinement ses paroles, en affirmant que les citations rapportées étaient finalement exactes.

«J’ai délibérément dit ce que j’ai dit et je le maintiens, a-t-il dit. C’est incroyable le dérapage qu’il y a eu pendant cette campagne au leadership, ça ne peut pas être passé sous silence.»

M. Couillard a affirmé qu’il maintiendra ses relations avec le ministre-président de la Bavière, Horst Seehofer, dont le parti a proposé cet automne de limiter le nombre de réfugiés, de favoriser l’immigration christiano-occidentale et d’interdire la burqa dans l’espace public.

«L’Allemagne va accueillir deux millions de réfugiés, a-t-il dit. On n’est pas du tout dans la même orbite, dans le même environnement social, géographique que l’Europe se trouve actuellement. Le Québec a une petite population, le nombre d’immigrants est relativement restreint, le nombre de réfugiés aussi.»

En marge d’une mission en Islande, qui s’est terminée en fin de semaine, M. Couillard a accusé M. Lisée de faire étalage d’un «nationalisme de peureux», qui participe selon lui d’un «mouvement foncièrement négatif pour l’humanité ».

Mercredi, M. Couillard a rejeté la proposition de M. Lisée, qui souhaite confier au vérificateur général le mandat de déterminer le seuil d’immigration qui favorise la meilleure intégration.

«C’est absurde, c’est une responsabilité politique, fixer le nombre d’immigrants, a-t-il dit. Le politique doit s’appuyer sur des faits, mais également sur la direction qu’il souhaite imprimer au Québec.»

Par ailleurs, à l’entrée du conseil des ministres, trois libéraux ont refusé de répéter les déclarations de M. Couillard au sujet de M. Lisée.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a affirmé qu’il avait pour principe de ne pas commenter des sujets extérieurs à ses responsabilités.

«Je ne suis pas gêné, mais j’ai un principe fondamental que j’exprime souvent devant vous, je n’entre pas sur le terrain de mes collègues et certainement pas sur le terrain du premier ministre», a-t-il dit.

M. Barrette a pourtant dans le passé critiqué sévèrement le précédent chef péquiste Pierre Karl Péladeau dans le dossier de l’immigration.

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a également refusé de commenter davantage le parallèle que M. Couillard a fait.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, s’est limitée à féliciter à M. Lisée pour son élection à la tête du PQ, vendredi dernier.

La ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, a été la seule à s’avancer.

Mme St-Pierre a affirmé que M. Lisée avait trempé «dans les mêmes eaux» que les partis populistes européens, durant la dernière course à la direction péquiste.

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