THE CANADIAN PRESS Raymond Chrétien.

QUÉBEC — La menace qui pèse à court terme sur l’industrie forestière québécoise dans le dossier du bois d’oeuvre est telle qu’elle a convaincu le gouvernement Couillard de faire appel à l’ex-ambassadeur du Canada aux États-Unis, Raymond Chrétien.

M. Chrétien a reçu mardi le mandat de représenter le Québec dans les difficiles négociations en cours entre le Canada et les États-Unis sur les exportations québécoises et canadiennes de bois d’oeuvre, éternelle pomme de discorde entre les deux pays.

Des milliers d’emplois sont en jeu au Québec, particulièrement pour les usines de sciage qui exportent largement leur production vers les États-Unis.

Le temps presse pour le Québec, car les Américains pourraient imposer des droits compensatoires, soit une surtaxe, sur les exportations québécoises dès le mois de mars 2017, si les deux pays n’en arrivent pas à une entente d’ici là, un scénario que Québec cherche à éviter à tout prix. Une telle surtaxe, qui pourrait dépasser les 20 pour cent, viendrait pénaliser grandement l’industrie québécoise du bois d’oeuvre.

À compter de mars 2017, les États-Unis pourraient d’abord imposer des droits temporaires, susceptibles de devenir permanents par la suite dès l’automne.

L’annonce de la nomination de M. Chrétien s’est faite mardi, à Québec, en présence de la ministre de l’Économie, Dominique Anglade, du ministre des Forêts, Luc Blanchette, et des principaux représentants de cette industrie, prompts à afficher leur inquiétude.

En conférence de presse, M. Chrétien a dit que le Québec et le Canada devaient jouer de vitesse dans ce dossier, alors que les Américains s’apprêtent à élire le 8 novembre un nouveau gouvernement, qui entrera en fonctions en janvier.

Idéalement, il faudrait conclure une entente avant janvier, mais M. Chrétien se montre pessimiste, «les étoiles» étant mal alignées à court terme.

Les positions protectionnistes et critiques envers les accords de libre-échange prises au cours des derniers mois par les deux candidats à la présidence américaine, Hillary Clinton, pour les démocrates, et Donald Trump, chez les républicains, constituent sans aucun doute une difficulté supplémentaire, a reconnu M. Chrétien.

«C’est une difficulté certaine et réelle», a-t-il dit, qualifiant M. Trump de «totalement protectionniste», encore plus que sa rivale démocrate.

Dans ce contexte, M. Chrétien dit souhaiter l’élection de Hillary Clinton.

Quoi qu’il en soit, il dit s’attendre «à une négociation très, très difficile», car «les Américains ne nous font jamais de cadeaux», même quand le contexte est favorable, ce qui n’est pas le cas actuellement.

M. Chrétien, qui a été ambassadeur à Washington de 1994 à 2000, connaît très bien le dossier, qui fait périodiquement l’objet de négociations ardues et de litiges devant les tribunaux depuis une vingtaine d’années. Il a même déjà été impliqué directement dans les négociations, dans les années 1990.

L’ex-ambassadeur sait qu’il devra travailler en étroite collaboration avec le gouvernement fédéral dans ce dossier. «Ottawa va m’avoir dans les pattes à l’occasion», a-t-il commenté.

Dans cette guerre commerciale sans fin, qui en est à son cinquième marathon de pourparlers depuis une vingtaine d’années, les États-Unis veulent imposer des droits compensatoires au bois canadien ou encore des quotas, sous prétexte que, selon eux, cette industrie est subventionnée. Le Canada et le Québec prétendent le contraire et, dans le passé, la partie canadienne a toujours remporté ses batailles devant les tribunaux.

L’entente précédente a pris fin en octobre 2015. Les deux parties ont convenu de prolonger le délai d’un an, mais ce ne fut pas suffisant car aucun règlement n’est en vue à ce jour.

Les Américains «nous surveillent de très, très près», dans le but de faire la démonstration que notre industrie est subventionnée, selon M. Chrétien.

Le ministre Blanchette a fait valoir de son côté que le Québec avait adopté en 2013 un nouveau régime forestier qui fait en sorte que le quart de sa production est vendue aux enchères, ce qui influence le prix général obtenu pour la matière ligneuse québécoise, qui sert essentiellement à fabriquer des maisons. Cette approche de libre marché constitue le principal argumentaire en faveur du Québec, selon lui.

Les droits compensatoires atteignaient 27 pour cent entre 2002 et 2006.

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