OTTAWA — Imaginez le Canada avec une population de 100 millions d’habitants — ce qui représente trois fois sa taille actuelle. Ce n’est pas une prédiction fantaisiste, c’est l’objectif réel de deux conseillers économiques importants du gouvernement de Justin Trudeau.

Un comité de 14 personnes a été formé par le ministre des Finances, Bill Morneau, pour lui fournir des conseils «audacieux» afin d’orienter l’économie vacillante du Canada et de donner un élan à la croissance économique.

L’une des premières recommandations, publiée la semaine dernière, est d’augmenter graduellement le seuil d’immigration à 450 000 personnes par année d’ici 2021 — avec une concentration particulière sur les immigrants avec une expertise en affaires et les étudiants étrangers. Ce serait une hausse de 50 pour cent par rapport au seuil actuel d’environ 300 000 immigrants.

Les membres du comité — comme plusieurs, dont le ministre du Développement économique, Navdeep Bains — estiment que cette ouverture aux nouveaux arrivants est un ingrédient essentiel pour stimuler la croissance à l’avenir.

C’est d’autant plus important, selon eux, car les baby-boomers quittent graduellement le marché du travail.

L’idée d’accueillir plus d’immigrants au pays est particulièrement importante pour au moins deux membres du comité.

Dominic Barton, le puissant dirigeant de la firme de consultants McKinsey & Company et Mark Wiseman, directeur principal de la société de gestion d’actifs BlackRock, sont parmi les fondateurs d’un groupe consacré à élargir la population de façon responsable pour aider l’économie du pays.

L’Initiative du siècle voudrait voir la population canadienne passer de 36 à 100 millions d’habitants d’ici 2100.

Au rythme actuel, si le gouvernement canadien ne changeait pas en profondeur sa politique en immigration, la population canadienne devrait atteindre 53 millions d’individus à la fin du siècle, est-il écrit sur le site du groupe. Ainsi, le Canada serait classé dans les 45 pays les plus populeux du monde.

M. Barton estime que cet obstacle démographique aura pour effet d’isoler le Canada avec le temps, surtout que sa population est déjà assez modeste.

«La pertinence (d’un pays) n’est pas seulement déterminée par la population, mais c’est un facteur, considérant toutes les forces que nous avons», a-t-il expliqué en entrevue.

M. Barton croit que l’influence du Canada s’accroîtrait sur le plan international en ayant une population plus imposante. Mais selon lui, le monde entier bénéficierait aussi d’un Canada plus grand, avec sa stabilité, sa démocratie et son économie.

«C’est un gros chiffre, mais pour moi, c’est un objectif ambitieux. Cela changerait évidemment le pays de façon considérable… C’est un chemin différent. Mais je ne crois pas que ce soit fou», a-t-il soutenu.

Les discussions qui ont mené à la création de l’Initiative du siècle se sont amorcées en 2011 pendant une fin de semaine entre amis à la résidence de M. Barton, au nord de Toronto.

Dans le canton du Lake of Bays, lui et ses amis ont commencé à lancer des idées pour protéger le pays contre cette tempête démographique prévisible.

Après plusieurs rencontres informelles, le groupe s’est agrandi et a commencé à financer de la recherche sur le sujet.

Dominic Barton estime qu’il existe des similitudes entre les idées de l’Initiative du siècle et celles du comité économique où il siège, mais il assure que ce sont deux entités séparées.

En fait, derrière les portes closes du comité économique, l’objectif de 100 millions d’habitants n’a même pas fait l’objet de discussions, a-t-il remarqué.

Le gouvernement libéral s’est engagé à augmenter le seuil d’immigration, mais le ministre responsable a affirmé que la proposition de le fixer à 450 000 d’ici cinq ans est probablement trop ambitieuse.

«Nous avons une population qui vieillit, nous avons un manque de main-d’oeuvre, mais il y a aussi des contraintes», a souligné le ministre de l’Immigration, John McCallum, qui annoncera l’objectif du gouvernement fédéral de 2017 le 1er novembre prochain.

«Cela coûte beaucoup d’argent. Si nous avons plus d’immigrants, nous voulons bien les intégrer», a-t-il précisé.

Son collègue au cabinet, Navdeep Bains, a récemment déclaré lors d’une conférence de presse que son gouvernement se heurtait à des «réticences» de la population sur l’immigration, alors que les Canadiens craignent de perdre leur emploi.

M. Bains a encouragé les entreprises et les experts à convaincre la population des bienfaits de l’immigration.

Bien qu’il reste près d’un siècle pour atteindre l’objectif ambitieux de M. Barton, il soutient qu’il faudrait s’y mettre dès maintenant.

«Quand on lit (l’ancien premier ministre Wilfrid) Laurier, (le XXe) siècle était censé être celui du Canada», a affirmé M. Barton.

«Le Canada a bien fait, mais je ne crois pas qu’on peut dire que ça a été le siècle du Canada», a-t-il ajouté.

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