Paul Chiasson Paul Chiasson / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Plus d’un millier de manifestants ont bravé le froid, mercredi soir, à Montréal, afin de dénoncer la «culture du viol».

Rassemblés à la place Émilie-Gamelin, les protestataires ont assisté à près d’une heure d’allocutions de militantes et de groupes féministes avant que la marche ne soit lancée par Femmes autochtones du Québec.

Cette sensibilité à l’égard des personnes subissant plusieurs formes de discrimination s’est également traduite dans les discours livrés par des femmes de tous les horizons.

«À la Fédération des femmes du Québec, on a un principe: c’est l’égalité entre les hommes et les femmes, et l’égalité entre toutes les femmes», a lancé Émilie Nicolas, administratice de la FFQ.

«Il n’y aura pas de victoire tant que la plus vulnérable d’entre nous ne se sentira pas en sécurité», a poursuivi Mme Nicolas, qui est également présidente de Québec inclusif.

En montant à son tour sur scène, la journaliste Sue Montgomery, qui avait lancé le mot-clic #AgressionNonDénoncée il y a deux ans dans la foulée du procès hypermédiatisé de l’animateur Jian Ghomeshi, s’est immédiatement réjouie de la présence d’hommes au sein de la foule.

Les fondatrices du tout nouveau mouvement «Québec contre les violences sexuelles» ont également répondu présentes, mercredi soir. Ariane Litalien, elle-même victime d’une agression sexuelle, a tenté de déconstruire le mythe de la «victime parfaite».

«La victime parfaite appelle immédiatement l’ambulance. De l’ambulance, elle appelle les policiers pour faire une plainte, a-t-elle ironisé. Elle aura une mémoire parfaitement claire des événements et puis elle ne va jamais se contredire.»

«Aujourd’hui, je dis que la victime parfaite n’existe pas!», a-t-elle clamé.

Les manifestants ont défilé dans les rues pour réclamer la fin de la violence envers les femmes et de la culpabilisation des victimes, tout en encourageant celles-ci à porter plainte.

Tous ont martelé un même message: le seul facteur qui explique un viol est la personne qui le commet.

Les manifestants brandissaient des pancartes où l’on pouvait lire: «Mon corps n’est pas une porte débarrée» ou encore: «On vous croit». Ce slogan lancé par le Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS) revendique une prise au sérieux des dénonciations.

La coordonnatrice du regroupement, Nathalie Duhamel, réclame de l’aide financière du gouvernement ainsi qu’une campagne de sensibilisation sur la notion du consentement. Elle déplore que le nombre de victimes faisant appel à leurs services grimpe, et que certaines d’entre elles se voient placées sur des listes d’attente, faute de ressources suffisantes pour répondre à la demande.

La coordonnatrice du Réseau québécois en études féministes, Sandrine Ricci, s’est elle aussi jointe aux manifestants.

«On dirait que l’expression (de la  »culture du viol ») comme telle fait peur», a-t-elle lancé, en entrevue avec La Presse canadienne. «C’est une idée qui nous invite à réfléchir en quoi la société, les institutions — et j’inclus là-dedans l’État, l’école, la police —, les individus vont donc perpétuer cette culture-là qui tend à banaliser les violences à caractère sexuel.»

De telles manifestations ont été organisées dans plusieurs villes à travers la province dans la foulée des présumées agressions sexuelles à l’Université Laval, des allégations d’agression visant le député Gerry Sklavounos et de la poursuite intentée par des policiers de la Sûreté du Québec contre Radio-Canada quant aux allégations d’agression à l’endroit de femmes autochtones à Val-d’Or.

La marche devait être suivie d’un spectacle au Club Soda animé par Lili Boisvert et Judith Lussier, du duo féministe Les Brutes. Des artistes telles que Safia Nolin, Laurence Nerbonne et Les soeurs Boulay devaient se produire sur scène pour l’occasion.

Des rassemblements semblables étaient également prévus à Québec, Sherbrooke, Saguenay et Gatineau.

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