Deux jeunes québécoises musulmanes se sont confiées sur leur processus de radicalisation au micro de Paul Arcand, dans une entrevue diffusée vendredi matin. Selon l’animateur, elles se sont rendues «à l’extrême limite de la radicalisation violente».

Sara, 19 ans, est née au Québec. Anna, 20 ans, est arrivée à l’âge de 8 ans. Les deux jeunes femmes musulmanes (dont les noms ont été changés), sont présentement en processus de réinsertion sociale et sont accompagnées par le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence.

Pendant l’entrevue, elles ont expliqué pourquoi elles se sont radicalisées. «J’ai commencé à porter le voile à l’âge de 15 ans, raconte une des jeunes femmes. J’ai commencé à avoir quelques commentaires. Au début on s’en fout, mais c’est un cumul». Elle cite l’exemple d’une professeure qui l’a connue avant et après qu’elle porte le voile. «Elle m’a dit: “Je suis vraiment déçue, je te pensais plus intégrée que ça”. Elle parlait à une jeune qui a vécu au Québec toute sa vie».

Sara et Anna évoquent des commentaires reçus dans la rue ou dans les transports en commun. «Si je vais dans l’autobus avec mon voile, c’est sûr et certain qu’une fois sur deux je me fais dire: “Retourne dans ton pays”».

Les deux femmes affirment que la période du débat au sujet de la Charte des valeurs québécoises, introduite par le gouvernement de Pauline Marois en 2013, a été un moment charnière dans leur processus. «Les gens ont tenu pour acquis qu’ils pouvaient dire ce qu’ils voulaient. Je ne m’approche plus trop près du quai du métro. J’attends à la dernière minute. J’ai peur qu’un jour quelqu’un me pousse. C’est une peur qui va rester en moi pour très longtemps», exprime une des deux jeunes femmes.

Sara dit avoir compris qu’à partir de ce moment, il était devenu impossible d’être à la fois Québécoise et musulmane. «Alors on fait un choix. J’ai choisi d’être musulmane. J’ai approfondi mes recherches.»

Elles avancent qu’elles ne se sentaient plus chez elles ici, au point où c’en était rendu insupportable, ce qui les a poussées à se radicaliser. «Tu vas là où on t’accepte. Le Québec lui-même nous dit qu’on n’est pas acceptées».

Maintenant, Sara et Anna se comptent chanceuses de ne pas avoir été plus loin dans leur radicalisation. «On ne veut pas que quelqu’un d’autre vive la même situation, c’était quelque chose de très dur». Elles lancent le message aux jeunes tentés de suivre le chemin de la radicalisation que «ce n’est pas important de mourir ici ou mourir ailleurs. Tu perds ta vie». «Au final, tu causes du mal à ta religion, à ta vraie religion».

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