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Alors que le déclin de la participation aux élections provinciales des 18-34 ans se fait ressentir à la grandeur du Québec, ce sont les régions éloignées qui en souffrent le plus, selon une étude de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval.

Devant ce constat, le Directeur général des élections du Québec, Pierre Reid, se dit prêt à aller rencontrer les jeunes pour les sensibiliser, et pas seulement en période électorale.

En moyenne, 65% des 18-34 ans des régions éloignées ont voté aux élections provinciales de 1985, selon l’étude intitulée Note de recherche sur la participation électorale sur la période 1985-2014, qui a été publiée il y a quelques jours, mais qui n’a pas fait grand bruit. En 2014, ce taux est passé à 48%. Dans les régions métropolitaines de la province, le taux est passé de 70% à 62% au cours de la même période. «Ce n’est pas plus reluisant quand on regarde les centres urbains, avance Pierre Reid. C’est faible».

François Gélineau, professeur et titulaire de la Chaire de recherche à l’origine de l’étude, se dit surpris de ce résultat. «Nos attentes théoriques allaient à l’opposé. Dans les communautés moins populeuses, on s’attend à ce que la pression sociale s’exerce de façon plus systématique», dit-il.

«Le jour où on aura que la moitié de la population qui participera à l’élection, on pourra éventuellement avoir des questions concernant la légitimité de nos gouvernements» – François Gélineau, professeur à l’Université Laval

Par ailleurs, la participation des jeunes diminue à la grandeur de la province, et l’écart entre la participation des 18-34 ans et des 35 ans et plus devient plus important. «L’écart était de cinq à six points en 1985 entre les plus jeunes et les plus vieux. Il est aujourd’hui d’environ 10 points», précise M. Gélineau.

Ce déclin s’inscrit dans le contexte d’une baisse généralisée du taux de participation électorale, observée au Québec et dans le monde. Mais, avance le professeur, la baisse de la participation des jeunes est «préoccupant[e], parce que si le jeune n’exerce pas son droit de vote à voter à 18 ans, la probabilité est très élevée qu’il ne vote pas aux élections subséquentes.»

Pistes d’explication
«On le comprend, ce déclin, affirme Florence Côté, présidente de Citoyenneté jeunesse, un projet du Réseau des forums jeunesse régionaux du Québec. On sait que du côté des jeunes, ce qui influence la participation, c’est l’impression d’avoir un impact sur le vote et sur les politiciens. Ça vient avec la reddition de compte des politiciens, avec la consultation des jeunes pendant un mandat, avec la représentation des enjeux et des intérêts des jeunes pendant les campagnes.» Les moyens techniques, comme l’accessibilité aux bureaux de vote à même les universités et les cégeps, est aussi un facteur déterminant.

Quant à lui, François Gélineau avance deux pistes d’explication même si la recherche n’avait pas pour mandat de déterminer les causes du déclin. D’abord, l’exode des jeunes vers les villes (ils s’y installent pour leurs études et y restent) pourrait être en partie responsable de la plus grande baisse de la participation électorale des jeunes des régions éloignées. Le chercheur rappelle que le niveau de scolarisation a un effet important sur la participation électorale. «Peut-être que les jeunes qui restent en région sont moins scolarisés.» L’autre explication tirerait sa source du désintérêt quant aux enjeux électoraux. «Peut-être que les jeunes en région ne se sentent pas interpellés.»

Idées de solution
Pour le Directeur des élections du Québec, Pierre Reid, il est nécessaire de trouver des moyens créatifs pour aller rejoindre les jeunes électeurs. «Il faut aller leur parler», dit celui qui entreprendra sous peu des visites en région. «Mon rôle devrait aussi être de mobiliser les parents, les enseignants, les représentants des médias et les partis politiques.» M. Reid propose l’idée d’impliquer les employeurs pour rejoindre les jeunes qui sont sur le marché du travail, et d’organiser des rencontres où des anciens élus peuvent discuter de leurs expériences avec les jeunes.

«L’autre facteur primordial, c’est qu’il faut que les politiciens parlent davantage des enjeux des jeunes, qui sont différents, croit Florence Côté. Bien des enjeux peuvent toucher les jeunes, si on les écoute pour en parler.» Mme Côté croit qu’il est nécessaire de donner des ateliers d’éducation civique aux jeunes en dehors des périodes électorales. Elle souligne par ailleurs l’existence du programme Électeurs en herbe, né du Forum jeunesse de l’Île de Montréal et repris dans plusieurs régions, qui permet aux élèves du secondaire de vivre une simulation électorale.

«Ça ne sera pas tout de dire aux jeunes que c’est un devoir d’aller voter. Il faut trouver un sens et une raison pour eux d’aller voter.» – Pierre Reid, directeur général des élections

Les régions où les jeunes ont le moins voté en 2014

En 2014, seulement 41% des 18-34 ans habitant la Côte-Nord ont voté aux élections provinciales. Les taux observés dans ces régions étaient suivis de près par ceux de l’Abitibi-Témiscamingue–Nord-du-Québec et de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (42% chacun), ainsi que de l’Outaouais (46%). En 1985, par comparaison, 67% des jeunes de la Côte-Nord avaient voté, 55% de ceux de l’Abitibi-Témiscamingue–Nord-du-Québec l’avaient fait, tout comme 63% de ceux de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et 60% de ceux de l’Outaouais.

Les régions où les jeunes ont le plus voté en 2014

En 2014, le sommet du taux de participation de cette tranche d’âge était obtenu dans la région de la Capitale-Nationale et à Laval (66% chacune, contre 74% en 1985 pour la Capitale-Nationale et 77% pour Laval).

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