John Minchillo John Minchillo / The Associated Press

OTTAWA — Le voisin du Canada élira un nouveau président — ou une présidente —, mardi, et enverra donc soit Hillary Clinton, soit Donald Trump à la Maison-Blanche.

Chacun des deux principaux candidats propose différentes mesures pour les États-Unis qui toucheront, d’une façon ou d’une autre, à leurs relations avec le Canada.

HILLARY CLINTON

Liens: Mme Clinton est bien connue des dirigeants canadiens grâce à son travail comme sénatrice et secrétaire d’État, qui lui a également permis de connaître davantage le rôle du Canada dans le monde, estime Gordon Giffin, ancien ambassadeur américain au Canada. «Parfois, l’accent est trop mis sur ce que nous vendons d’un côté ou de l’autre du 49e parallèle et pas suffisamment sur le fait que le Canada est allié des États-Unis sur plusieurs enjeux, principes et valeurs que nous partageons. Et elle sait tout ça, donc elle commencera avec une bonne base d’engagements avec le Canada.»

Commerce: Les frustrations au sujet du conflit sur le bois d’oeuvre pourraient s’apaiser avec Mme Clinton à la Maison-Blanche, M. Giffin prédisant en effet que la démocrate voudra résoudre l’impasse qui dure depuis plusieurs années avec un engagement à long terme. Hillary Clinton voudra sans doute également apporter des changements au Partenariat transpacifique, qu’elle a critiqué pendant sa campagne pour conserver l’appui des partisans de Bernie Sanders. Le Canada fait partie des pays négociant l’entente, et pourrait utiliser cette occasion pour trouver des modifications pour Mme Clinton qui aideront à la fois le Canada et les États-Unis.

Immigration: Le Canada pourrait trouver une alliée en Mme Clinton dans ses efforts pour relocaliser des milliers de réfugiés syriens en Jordanie, en Turquie et en Europe. Au cours de la dernière année, plus de 33 000 réfugiés syriens sont venus au Canada, selon le ministère de l’Immigration, dont 12 000 parrainés par le privé. Mme Clinton souhaite augmenter le nombre de réfugiés syriens accueillis aux États-Unis chaque année, qui passeraient de 10 000 à 65 000. Elle songe également à créer une version américaine du système canadien de parrainage privé. Cela pourrait permettre aux dirigeants canadiens de mieux coordonner l’accueil de réfugiés et de trouver des solutions aux inquiétudes communes quant à la sécurité.

Oléoducs: Hillary Clinton a laissé entendre, en campagne, qu’elle n’appuierait pas le projet d’oléoduc Keystone XL, que Barack Obama a rejeté l’an dernier, peu après l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau. Cette position est récente pour Hillary Clinton. Kathy Brock, professeure de sciences politiques à l’Université Queen’s de Kingston, en Ontario, croit que les avantages économiques de l’oléoduc pour les États-Unis, le fait que Mme Clinton n’a pas encore pris fermement position à son sujet et le fait qu’elle ne sera pas obligée de se conformer à la décision de son prédécesseur pourraient jouer en la faveur du Canada si les libéraux de Justin Trudeau décidaient de mettre de la pression pour l’approbation de Keystone. «Ce sera une chose que le Canada voudra mettre immédiatement à l’agenda», croit Mme Brock.

Dans l’ensemble: Malgré les efforts du Canada, Mme Clinton pourrait devoir mettre les sujets d’intérêt canadiens de côté en faveur d’enjeux nationaux plus pressants, comme la résistance à ses nominations à la Cour suprême et les républicains au congrès qui voudront contrecarrer ses plans à tout moment. Si on ajoute à cela ses obligations internationales, comme l’engagement des États-Unis au Moyen-Orient et en Asie, Hillary Clinton pourrait avoir de la difficulté à trouver du temps pour s’attaquer aux problématiques de la relation Canada-États-Unis.

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DONALD TRUMP

Liens: En tant que nouveau venu dans la politique américaine, Donald Trump n’aura que peu de liens avec le gouvernement libéral au nord de la frontière. M. Trudeau devra bâtir une relation avec un homme qui, a-t-il déjà suggéré, a des valeurs bien différentes des siennes. M. Trump a par ailleurs critiqué le Canada à plusieurs reprises pendant la campagne, particulièrement au sujet des soins de santé. L’homme d’affaires a cependant des conseillers économiques familiers avec le Canada qui pourront le guider au besoin, avance Mme Brock.

Commerce: Donald Trump a assuré qu’il sonnerait le glas de l’ALENA s’il ne peut amender le document comme il le souhaite. Il est également opposé au Partenariat transpacifique. S’il va de l’avant avec ses promesses, le commerce entre les deux pays pourrait être grandement affecté. Il pourrait y avoir de la douleur à court terme pour les importateurs et les exportateurs, de même que pour les marchés. Le Canada a cependant diminué sa dépendance commerciale envers les États-Unis grâce à un nouvel accord conclu avec l’Union européenne et au Partenariat transpacifique, selon Mme Brock. Les dirigeants canadiens ont sans doute déjà songé à une proposition spécifique pour mettre à jour l’ALENA afin de protéger les intérêts canadiens et créer de nouvelles occasions commerciales.

Sécurité: La politique canadienne pour l’accueil des réfugiés syriens pourrait rendre plus compliqué le déplacement de biens et de gens d’un côté à l’autre de la frontière, compte tenu des propositions de M. Trump, qui prône un «filtrage extrême» des musulmans venant de pays ayant des liens avec le terrorisme, ainsi que la suspension du visa de citoyens de pays n’ayant pas un contrôle de sécurité suffisamment sévère. Donald Trump promet aussi de mettre en place un système de suivi biométrique des passages à la frontière. Compte tenu de la collaboration des agents frontaliers canadiens et américains, un président Trump demandera-t-il au Canada de dépenser des millions pour implanter le même système?

Oléoducs: Barack Obama a rejeté le projet d’oléoduc Keystone XL il y a un an, jugeant qu’il n’était pas dans l’intérêt national de son pays. Le projet, qui permettrait de transporter le pétrole albertain jusqu’à la Côte du Golfe, aurait droit à une nouvelle vie si M. Trump était élu président. Donald Trump aimerait en effet que TransCanada soumette à nouveau sa demande pour le pipeline, ce qui serait une bonne nouvelle pour l’économie de l’Alberta.

Environnement: Donald Trump a promis de se retirer de l’Accord de Paris sur le climat et d’éliminer les programmes environnementaux qui nuisent à l’emploi et à la productivité aux États-Unis. Cette promesse est accompagnée d’un engagement à réduire le taux d’imposition des sociétés. Le Canada devra alors se poser la question suivante: un nouveau plan de tarification du carbone et d’autres modifications fiscales pousseront-ils les entreprises à déménager au sud de la frontière, où Donald Trump promet de leur faciliter la vie?

Dans l’ensemble: Compte tenu que les Canadiens semblent préférer Hillary Clinton à Donald Trump, selon différents sondages, on peut sans doute conclure que les libéraux espèrent que le candidat républicain ne l’emportera pas, mardi. M. Giffin croit quand même qu’une victoire de M. Trump ne serait pas fatale pour les relations canado-américaines: la relation sera peut-être houleuse au départ, compte tenu des positions fermes du candidat sur le commerce et l’immigration, mais elles s’adouciront avec le temps. M. Giffin croit que la relation entre les deux pays ne repose pas que sur une seule personne: «Elle a un centre gravitationnel qui attire, en quelque sorte, l’administration vers un engagement envers le Canada, ce qui est bien», a-t-il souligné.

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