MONTRÉAL — Au Québec, il n’y a pratiquement plus d’écart entre les hommes et les femmes quant au taux de présence syndicale.

Cette constatation inédite provient de la plus récente recherche du Secrétariat du travail sur le taux de présence syndicale au Québec en 2015. La situation y est examinée sur une période de 10 ans.

Globalement, le taux de présence syndicale — c’est-à-dire le pourcentage de personnes visées par une convention collective par rapport à l’ensemble des salariés — atteignait 39,6 pour cent en 2015 au Québec.

Sur 10 ans, ce taux a baissé d’un point, passant de 40,6 à 39,6 pour cent. Une baisse similaire est également observée en Ontario, dans le reste du Canada et aux États-Unis.

La nouveauté réside dans le fait que les femmes ont pratiquement rattrapé les hommes au chapitre du taux de présence syndicale.

Il n’y a plus qu’un demi-point de pourcentage d’écart entre les deux, comparativement à trois points d’écart il y a 10 ans. Ainsi, en 2015, le taux de présence syndicale était de 39,4 pour cent pour les femmes contre 39,9 pour cent pour les hommes.

«Ce n’est pas grand-chose quand on parle de quelques dixièmes de points de pourcentage», a opiné l’auteur de la recherche, l’économiste Alexis Labrosse, au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne, mardi.

Il explique ce phénomène surtout par le fait que la part de l’emploi des femmes a augmenté dans le secteur public.

«Les femmes ont eu des gains d’emplois et sont relativement plus présentes dans les secteurs de la santé et de l’éducation que les hommes. Ce sont ces gains d’emplois-là, dans des secteurs qui sont fortement syndiqués, qui font que les femmes ont rattrapé, au niveau du taux de présence syndicale, les hommes», a expliqué M. Labrosse.

Au Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail (CIAFT), la directrice Nathalie Goulet y voit une bonne nouvelle pour les travailleuses.

«Oui, effectivement, elles améliorent leur sort (en augmentant leur taux de présence syndicale). Elles améliorent leurs chances de voir s’appliquer plusieurs droits au travail dont elles peuvent bénéficier quand elles sont syndiquées, notamment l’équité salariale. C’est beaucoup plus facile d’obtenir l’équité salariale pour une femme quand elle est dans un emploi syndiqué, encore aujourd’hui, ça c’est certain», a commenté Mme Goulet en entrevue.

Au plan de la rémunération également, le fait d’être syndiqué apporte souvent un avantage, souligne Mme Goulet.

«Le taux horaire des femmes syndiquées est bien supérieur à celui des femmes non syndiquées. Et c’est la même chose pour les hommes, d’ailleurs, sur le marché du travail», note-t-elle.

Fabrication

Un autre phénomène qui peut être observé, dans le cadre de cette recherche sur 10 ans, est la baisse du taux de présence syndicale dans le secteur de la fabrication.

Cette diminution dans ce secteur est d’une telle ampleur que l’économiste estime qu’elle a contribué à la baisse du taux de présence syndicale en général entre 2006 et 2015.

«Le secteur de la fabrication est celui qui a le plus fortement contribué à la baisse du taux de présence syndicale entre 2006 et 2015. Durant cette période, ce secteur a en effet subi une perte importante de sa part de l’emploi, qui est passée de 17,4 pour cent en 2006 à 13,4 pour cent en 2015», souligne l’économiste Labrosse.

D’ailleurs, le taux de présence syndicale y est passé de 39,1 à 35,6 pour cent entre 2006 et 2015.

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