L’Association des psychologues du Québec (APQ) a annoncé mardi que ses membres ne prendront plus de nouveaux dossiers de patients de la CNESST (auparavant la CSST).

Quatre-vingt dix pourcent des psychologues membres de l’APQ ont voté pour cette mesure. Les dossiers de travailleurs sur la CNESST actuellement suivis par des psychologues ne seront pas pénalisés par cette action.

Les membres de l’association souhaitent obtenir un ajustement annuel des tarifs que leur verse la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) quand des soins de psychologie sont nécessaires pour des travailleurs qui ont subi une lésion professionnelle. Ils désirent en outre que le temps consacré à la rédaction des rapports exigé par l’organisme soit rémunéré et que le temps passé avec d’autres professionnels pour la coordination des soins soit facturable.

Actuellement, les psychologues sont payés 86,60$ de l’heure pour une consultation avec un patient avec un dossier de la CNESST. En pratique privée, la moyenne des tarifs tourne plutôt autour de 100-105$, selon le président de l’Association des psychologues du Québec, Charles Roy. De plus, le nombre d’heures qui sont rémunérées pour la rédaction des rapports initiaux – soit deux heures – est insuffisant, selon M. Roy. «C’est quelque chose qui prend toujours 3-4 heures à chaque fois. On fait du bénévolat là-dessus aussi.»

«Si j’ai le choix entre prendre un client régulier qui va payer 100$ de l’heure ou un cas de CNESST où je vais être payé moins cher et me taper du travail clérical bénévole, c’est sûr que [je préfère gagner ma vie].» – Charles Roy, président de l’Association des psychologues du Québec

Les frustrations des psychologues par rapport à la rémunération que leur offre l’organisme gouvernemental qui s’occupe de la santé et de la sécurité du travail ne datent pas d’hier. En 2011, après plusieurs tractations et un boycott, l’association avait obtenu un ajustement du tarif, le faisant grimper à 86,60$/l’heure. Il était auparavant maintenu à 65$/l’heure depuis 1994. En 2011, ni l’ajustement annuel du tarif ni le paiement d’un plus grand nombre d’heures de rédaction des rapports n’avaient été prévus, malgré les demandes de l’APQ.

«Il y a des psychologues qui disent [qu’ils prennent des patients de la CNESST] comme contribution à la communauté. Un ou deux cas par année, ça peut toujours aller, mais si on est pris pour en voir davantage, ça devient onéreux», croit M. Roy.

«Il y a aussi un enjeu économique important que la CNESST ne voit pas. Les économies qu’ils font sur notre dos ne sont pas rentables à moyen terme, poursuit le président de l’APQ. Quand on peut faire un bon travail, on retourne le travailleur beaucoup plus rapidement à son emploi, on diminue les coûts liés à l’absentéisme au travail. Ce n’est pas juste une question d’argent.»

M. Roy n’est pas en mesure de dire combien de psychologues ont cessé de prendre des nouveaux patients de la CNESST au fil du temps, mais il avance que leur nombre diminue d’année en année, à la suite des commentaires qu’il reçoit.

L’APQ compte 1600 membres, dont 1000 en pratique privée.

«On applique le cadre légal en vigueur, ce qui est prévu comme remboursement. Pour l’instant, on n’est pas en mesure de modifier le cadre légal», a déclaré à TC Media Geneviève Trudel, porte-parole de la CNESST. Mme Trudel ajoute que l’organisme gouvernemental veut s’assurer que les travailleurs aient accès aux soins nécessaires et que la CNESST est bien au fait de la situation avec l’APQ.

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