Sean Kilpatrick Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

OTTAWA — Plusieurs politiciens à Ottawa ont tenté de se faire rassurants au lendemain de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis.

Le premier ministre Justin Trudeau a dit s’être entretenu, mercredi, avec M. Trump, pour le féliciter de sa victoire électorale. Le cabinet du premier ministre a indiqué que M. Trudeau et le président élu ont réaffirmé l’importance de la relation bilatérale entre le Canada et les États-Unis et ont discuté de divers dossiers d’intérêt commun.

Le premier ministre a invité le président élu à effectuer une visite au Canada «à la première occasion», et ce dernier a lancé la même invitation au premier ministre, a-t-on affirmé.

M. Trudeau l’avait d’abord félicité par communiqué, insistant sur le fait que le Canada n’a pas d’ami, de partenaire ou d’allié plus proche que les États-Unis.

«Nous sommes impatients de travailler de très près avec le président élu, M. Trump, et avec son administration et le Congrès des États-Unis au cours des prochaines années, notamment sur les dossiers du commerce, de l’investissement ainsi que de la paix et de la sécurité internationales», a-t-il écrit. Selon M. Trudeau, la relation qui unit les deux pays est «un exemple pour le reste du monde».

Tout au long de la campagne américaine, M. Trudeau avait pris soin de ne pas révéler quel candidat il préférait même si ses affinités avec les démocrates ne font pas de doute, répétant religieusement qu’il laissait aux Américains le choix de désigner leur président. L’élection de M. Trump étant une surprise pour à peu près tout le monde, M. Trudeau doit se féliciter d’avoir fait preuve d’une telle réserve.

Le premier ministre a semblé aussi vouloir apaiser les craintes des Canadiens, alors que les positions de M. Trump sur une multitude de dossiers sont carrément à l’opposé des siennes.

Devant un groupe de jeunes réunis à Ottawa dans le cadre de l’événement «We Day», il les a incités à prendre cette élection du bon côté, alors qu’à ses yeux, Américains et Canadiens de la classe moyenne partagent le même objectif: réussir.

«Nous avons besoin d’avoir des gouvernements qui écoutent et qui répondent à ces inquiétudes et à ces espoirs. Alors nous allons travailler fort (…) ensemble, et je vais travailler avec l’administration du président élu Trump et avec tous les partenaires autour du monde pour m’assurer qu’on est en train de bâtir le monde meilleur que vous méritez», a-t-il lancé.

Partis d’opposition

Du côté de l’opposition officielle, on a aussi insisté sur la force de l’amitié entre les deux pays.

«Les États-Unis sont, et vont demeurer, l’allié et ami le plus proche du Canada. Nos relations uniques ont passé le cap des près de 150 ans», a écrit la chef conservatrice intérimaire Rona Ambrose dans un communiqué.

À mots couverts, elle a néanmoins fait part de ses préoccupations en affirmant qu’elle allait «demander des comptes au gouvernement canadien» sur «le règlement d’irritants commerciaux comme le conflit sur le bois d’œuvre», de même que pour le maintien d’un «solide programme de libre-échange avec la nouvelle administration américaine». Car au cours de la campagne, M. Trump a pris des positions très protectionnistes, allant jusqu’à affirmer qu’il voulait renégocier l’ALÉNA.

Mme Ambrose a également remis le dossier du pipeline Keystone XL sur la table, un projet d’oléoduc que le candidat républicain a promis d’approuver. «Le Parti conservateur du Canada presse le premier ministre de communiquer avec le président élu Trump le plus tôt possible et de faire de l’approbation de ce projet créateur d’emplois une priorité absolue», a-t-elle indiqué. Le pipeline du promoteur TransCanada avait été rejeté par l’administration de Barack Obama.

La députation conservatrice semblait divisée devant l’élection de M. Trump, certains élus l’accueillant avec circonspection, d’autres, comme la candidate à la chefferie Kellie Leitch, avec un enthousiasme débridé. Elle a soutenu que les Américains avaient «jeté dehors les élites» en élisant M. Trump et qu’il s’agissait là d’un «message excitant qui doit être livré au Canada également», a-t-elle écrit dans une lettre à ses partisans.

Quant au chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) Thomas Mulcair, il n’a pas voulu répéter mercredi les mots qu’il prononçait la semaine dernière, soit que M. Trump «démontrait un comportement fasciste», affirmant néanmoins qu’il n’avait «jamais changé (son) opinion là-dessus.»

En mêlée de presse à Montréal, il a appelé M. Trudeau à se tenir debout devant M. Trump. «Quand vous voyez le type de commentaires sexistes et racistes qui ont été faits pendant la campagne, c’est le genre de chose que vous ne voulez pas au Canada», a fait valoir M. Mulcair.

Quoi, maintenant?

Même si les relations entre les États-Unis et le Canada sont là pour durer, elles seront assurément grandement bouleversées.

Déjà, l’ambassadeur canadien à Washington David MacNaughton a signalé mercredi que le Canada était disposé à rouvrir l’ALÉNA pour «l’améliorer».

«Nous sommes prêts à discuter, a avancé l’ambassadeur en conférence téléphonique. Nous pensons que l’accord tel qu’il est a bénéficié aux trois pays, mais je pense que n’importe quoi peut être amélioré, alors nous sommes ouverts à la discussion.»

Le chercheur Christophe Cloutier-Roy de la chaire Raoul-Dandurand croit d’ailleurs que le commerce risque d’être une pomme de discorde entre les deux gouvernements.

«C’est sûr que le point d’achoppement, ce qui va vraiment être compliqué, c’est toutes les questions relatives au commerce (…), a-t-il noté en entrevue. Mais c’est sûr que la relation d’amitié en tant que telle devrait survivre au passage de M. Trump à la Maison-Blanche.»

Selon l’ancien diplomate Colin Robertson, le commerce n’est pas le seul dossier sur lequel le Canada devra réviser ses positions. En entrevue, il a affirmé que M. Trudeau pourrait y penser deux fois avant d’imposer un prix sur le carbone au pays.

Il s’attend aussi à ce que M. Trump demande au Canada et à l’ensemble de ses alliés d’investir davantage en défense. «Vous pouvez être certains que M. Trump va soulever la question avec M. Trudeau», a-t-il souligné.

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