Evan Vucci Evan Vucci / The Associated Press

OTTAWA — Des analystes et observateurs rappellent à quel point l’élection de Donald Trump pourrait ébranler sérieusement les politiques canadiennes en matière d’affaires étrangères, de commerce international et de défense.

Après tout, le Canada doit se préparer à fréquenter un président américain qui a promis de démanteler l’Accord de libre-échange nord-américain (Aléna) et d’ériger un mur protectionniste entre les États-Unis et le Canada, mais aussi de revoir le fonctionnement de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan).

Le président désigné est cependant resté muet sur ces questions lors de son discours de la victoire, dans la nuit de mercredi. M. Trump a plutôt promis que son administration travaillerait «équitablement» avec toutes les nations, même s’il placera «les États-Unis d’abord» — citant le titre de son programme de politique étrangère qu’il avait présenté durant la campagne.

Fen Hampson, du Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale (CIGI), un groupe de réflexion indépendant et non partisan installé à Waterloo, estime que le Canada devrait maintenant se concentrer sur l’accord de libre-échange avec l’Europe et poursuivre sa main tendue vers l’Asie, afin de maintenir un effet de levier avec Washington.

Selon lui, la fin de l’Aléna pourrait se traduire non seulement par une hausse des tarifs douaniers sur les biens et les services, mais aussi par la disparition du mécanisme de réglement des litiges commerciaux entre les deux pays. Il faudra peut-être aussi, selon le professeur Hampson, renégocier l’accord de libre-échange canado-américain de 1988.

L’avocat spécialisé en droit commercial Lawrence Herman rappelle que si M. Trump veut renégocier l’Aléna, le Canada n’aura pas le choix, et devra s’attendre à des discussions serrées. La réouverture de l’entente, croit-il, pourrait avoir des impacts majeurs pour l’industrie automobile, qui s’approvisionne d’un côté ou de l’autre de la frontière. «M. Trump a remporté le Michigan et l’Ohio (mardi): il fera tout ce qui est nécessaire pour protéger les travailleurs de l’auto dans cette région — même si cela doit brimer les intérêts des Canadiens.»

L’avocat torontois salue cependant l’attitude du premier ministre canadien, qui a toujours évité de critiquer M. Trump pendant la campagne. Me Herman croit même que Justin Trudeau devrait rencontrer dès maintenant le président désigné, afin de tisser rapidement des liens avec un homme davantage animé par la personnalité de ses interlocuteurs que par les grandes politiques.

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