MARRAKECH, Maroc — 1. Qu’est-ce que la COP22?

C’est la 22e d’une série de conférences de l’Organisation des Nations unies (ONU) sur les changements climatiques.

La COP22 prendra le relais de la COP21 de décembre 2015 à Paris au cours de laquelle des avancées importantes ont été enregistrées. Elle doit concrétiser les orientations retenues dans l’Accord de Paris, notamment ceux qui ont trait à l’adaptation, la transparence, le transfert de technologies, l’atténuation, le renforcement des capacités et les pertes et préjudices.

2. Qu’est-ce que l’Accord de Paris?

C’est l’accord convenu entre les États membres de l’ONU à la COP21 à Paris en décembre 2015. Les pays se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) pour atténuer les effets des changements climatiques.

À ce jour, une centaine pays générant plus de deux tiers des émissions de GES de la planète ont entériné cette entente, qui vise à limiter le réchauffement planétaire à deux degrés Celsius. L’accord de Paris évoque aussi une cible de 1,5 degré, à la demande des pays les plus menacés par la hausse des océans.

L’Accord de Paris prévoit aussi à partir de 2020 un financement minimal de 100 milliards $ US par an des pays développés pour aider les pays pauvres à lutter contre les changements climatiques, avec des mécanismes de révision à la hausse. Un nouvel objectif chiffré sera annoncé avant 2025.

3. Pourquoi limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES) ?

Les scientifiques expliquent que l’accumulation de CO2 et d’autres gaz à effet de serre dans l’atmosphère empêche la chaleur de se dissiper. Conséquemment, les glaciers fondent, le niveau des océans augmente et plusieurs zones de la planète sont frappées par des événements climatiques extrêmes.

4. Pourquoi la cible de deux degrés Celsius?

La cible de deux degrés a été déterminée pour éviter le pire des effets des changements climatiques, mais la cible de 1,5 degré est aussi évoquée dans l’Accord de Paris.

Pour atteindre la cible de 1,5 degré, dit le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), le monde devra retrancher entre 15 et 17 milliards de tonnes de CO2 de plus à ses émissions d’ici 2030, ce dont doutent plusieurs experts à la lumière des tendances actuelles.

Les émissions provenant des combustibles fossiles — la plus grande source d’émissions — se sont stabilisées depuis quelques années, mais le PNUE estime qu’il est trop tôt pour savoir s’il s’agit d’un changement temporaire ou permanent.

Dans son rapport annuel sur les émissions, le PNUE calcule que les émissions annuelles ne pourront dépasser 42 milliards de tonnes de CO2 d’ici 2030 si la planète veut avoir une chance de limiter le réchauffement à deux degrés. Mais même avec les réductions de 54 à 56 milliards de tonnes prévues par l’accord de Paris d’ici 2030, poursuit le PNUE, la planète s’expose à un réchauffement d’entre 2,9 et 3,4 degrés Celsius.

5. Quelle est la situation actuelle?

Les émissions globales augmentent chaque année et ont atteint 52,7 milliards de tonnes en 2014, surtout en raison de la croissance rapide de puissances économiques comme la Chine et l’Inde.

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a confirmé que la concentration mondiale moyenne dans l’atmosphère du principal gaz à effet de serre, le dioxyde de carbone, a atteint pour la première fois en 2015 la barre symbolique des 400 particules par million et a battu de nouveaux records en 2016.

L’année dernière a été la plus chaude jamais enregistrée et 2016 devrait battre ce record, selon des données préliminaires.

6. Quels sont les engagements du Canada?

Le Canada a comme cible la réduction d’ici à 2030 de 30 pour cent des émissions de GES par rapport au niveau de 2005. Le gouvernement Trudeau a ainsi conservé l’objectif qu’avait élaboré le précédent gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Ottawa a par ailleurs imposé la tarification du carbone, sous une forme ou une autre, à toutes les provinces et tous les territoires.

Le prix plancher serait de 10 $ la tonne de carbone en 2018, puis il grimperait ensuite de 10 $ par an pour atteindre 50 $ en 2022. Les provinces peuvent aussi choisir d’adhérer à une bourse du carbone, comme l’ont fait le Québec et l’Ontario.

À une rencontre fédérale-provinciale pour en discuter en octobre, trois provinces, la Saskatchewan, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador, ont claqué la porte pour signifier leur opposition.

Le Canada devait aussi fournir 4 milliards $ au fonds international de 100 milliards $ prévus à compter de 2020 pour atténuer les effets des changements climatiques dans les pays pauvres et faciliter la transition énergétique.

7. Quels sont les engagements du Québec?

Pour 2020, le Québec s’est donné l’objectif de réduire ses émissions de GES de 20 pour cent sous leur niveau de 1990. Pour 2030, Québec veut réduire de 37,5 pour cent ses émissions de GES par rapport à 1990. Le gouvernement Couillard s’est aussi engagé à contribuer au fonds international de 100 milliards $ prévu pour aider les pays pauvres, à hauteur de 25 millions $ qui iront à ses partenaires de la Francophonie.

8. Quels sont les obstacles qui peuvent se dresser devant le Québec et le Canada?

D’abord, il y a tout l’enjeu du transport des hydrocarbures par pipelines, que ce soit Énergie Est ou Keystone entre autres. L’approbation de ces projets controversés pourrait nuire aux efforts de transition énergétique et de réduction des gaz à effet de serre.

Le fédéral a aussi la lourde tâche de coordonner le travail des provinces et territoires qui ont chacun leur stratégie et les dissensions éclatent désormais au grand jour avec certaines provinces.

Au Québec, le projet de cimenterie de Port-Daniel en Gaspésie, financé à moitié par des fonds publics, est considéré comme le projet le plus polluant de l’histoire du Québec. Il générera l’équivalent de 10 pour cent des émissions totales du secteur industriel au Québec.

Par ailleurs, comme l’a déjà fait remarquer le premier ministre Philippe Couillard, la plus large part des efforts plus faciles a été faite et la tâche deviendra plus exigeante maintenant, il faut s’attaquer à réduire des émissions plus difficilement compressibles, notamment dans les transports, qui constituent 40 pour cent des émissions de GES.

9. En quoi l’élection de Donald Trump change la donne?

Comme bon nombre de républicains, Donald Trump ne croit pas aux changements climatiques. Il a d’ailleurs déjà soutenu dans un tweet qu’il s’agissait d’un stratagème de la Chine pour rendre les États-Unis moins concurrentiels.

Le président désigné a déjà fait savoir qu’il voulait relancer l’industrie du charbon et se débarrasser de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA).

Il a aussi dit qu’il allait retirer les États-Unis de l’Accord de Paris. Dans les faits, ils ne pourraient s’en retirer qu’en 2020, mais ils se retrouveraient alors isolés sur la scène internationale.

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