TC Media / Marie-Pier Gagné

Une coalition de médecins et d’organismes promouvant le transport actif réclame qu’une part de l’enveloppe budgétaire que le gouvernement du Québec et les municipalités dédient à leurs infrastructures routières soit consacrée à des aménagements assurant la sécurité des cyclistes.

«Dans le budget des aménagements qui sont dévolus au transport, on devrait se dire qu’il y a un 5% qui devrait être alloué aux déplacements à vélo», a proposé lundi la présidente-directrice générale de Vélo-Québec, Suzanne Lareau, pour assurer le développement des réseaux cyclables. Parallèlement à cela, les artères qui doivent être réaménagées doivent l’être pour tous les usagers : les cyclistes, les piétons, les automobilistes et ceux qui se déplacent en transport collectif, a insisté Mme Lareau.

L’exemple de la rue Saint-Denis, qui a été refaite à l’identique, a été soulevé par la présidente de Vélo-Québec, qui a argué qu’une voie aurait pu être dédiée aux déplacements cyclistes.

Malgré tout, Montréal est la ville qui allonge le plus d’argent pour ses aménagements cyclistes, a souligné Mme Lareau, soit environ 15M$ par année. «Mais ce que la Ville réalise ne suffit pas à répondre à la demande des gens qui veulent se déplacer en sécurité et de façon conviviale», a-t-elle dit.

Dans la dernière étude L’état du vélo au Québec, que Vélo Québec a rendu publique en mai dernier, il est mentionné que dans la métropole, près de 536 000 Montréalais utilisent le vélo comme moyen de transport et presqu’autant l’utilisent pour le plaisir.

Quant au gouvernement du Québec, il a injecté seulement 5M$ dans un programme visant à aider les municipalités à développer leur réseau cyclable. «C’est une nanofraction du 1% de son budget transport, s’est exclamée Mme Lareau. Si le gouvernement du Québec est sérieux, il devrait prendre 5% de son budget pour les routes et les autoroutes et l’allouer pour supporter les villes qui veulent développer des aménagements cyclables.»

Depuis le début de l’année, deux cyclistes ont succombé à leurs blessures à la suite d’une collision avec une voiture à Montréal, a rapporté le président de l’Association des médecins d’urgence du Québec, le Dr Bernard Mathieu. «En tant que médecin d’urgence, nous sommes trop souvent confronté à des victimes de collisions, des piétons et des cyclistes, a-t-il confié. À chaque fois, c’est une expérience douloureuse pour nous.»

Le Dr Patrick Morency, qui travaille pour la Direction de la santé publique de Montréal, croit pour sa part que «des aménagements concrets» doivent être mis en place pour assurer la sécurité des cyclistes, c’est-à-dire, «des pistes cyclables séparées de la circulation automobile avec des aménagements aux intersections qui protègent des véhicules qui tournent».

Le projet de réseaux de voies réservées aux bus accessibles aux cyclistes, que la Ville de Montréal étudie en ce moment, a suscité des avis partagés de la part des membres de la coalition. «Je ne laisserai pas mon ado aller dans une voie réservée», a confié l’urgentologue Éric Notebaert, qui préconise l’installation d’une barrière physique entre les voitures et les vélos.

«C’est un aménagement sécuritaire, mais ce n’est pas un aménagement cyclable», a nuancé de son côté Suzanne Lareau, en soulignant toutefois que la largeur des voies devra être plus importante pour faciliter les dépassements et que la fréquence de passage des bus devra être modérée.

La responsable des Transports à la Ville de Montréal, Aref Salem, a dit partager l’inquiétude des médecins et des organismes favorisant la mobilité durable pour la sécurité des cyclistes, en énumérant les travaux réalisés par la Ville au cours des dernières années, tels que la sécurisation des viaducs et l’agrandissement du réseau cyclable.

«On ne peut pas changer une ville en cinq ans. En attendant, il faut miser sur l’éducation et la sensibilisation», a dit M. Salem. Ce dernier a insisté pour dire que «ce n’est pas une question d’argent» et qu’il faut tenir compte de la capacité de réalisation de la Ville et la capacité d’acceptation des citoyens.

Le ministre des Transports, Laurent Lessard, veut de son côté inclure davantage d’aménagements pour les piétons et les cyclistes dans les projets routiers sans toutefois accorder un budget qui leur est dédié, a rapport son attaché de presse, Mathieu Gaudreault. Ce dernier a entre autres donné comme exemple la station Amos, du SRB Pie-IX, pour laquelle les déplacements cyclistes et piétonniers ont été planifiés en amont.

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