Ryan Remiorz Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

OTTAWA — Encore plus de Canadiens ont eu recours aux banques alimentaires cette année, selon le plus récent rapport de Bilan-Faim. Si bien qu’elles commencent à avoir du mal à fournir.

Le nombre de personnes qui ont reçu des denrées auprès des organismes d’aide alimentaire a crû de 1,3 pour cent à travers le pays en 2016, pour un total 863 492 personnes aidées.

La situation au Québec n’est pas plus rose, avec une augmentation de la fréquentation des banques alimentaires de 5,3 pour cent depuis l’an dernier.

De façon générale, le recours à une telle aide a explosé depuis la crise économique de 2008, avec un bond de près de 28 pour cent depuis cette année difficile au Canada, et de près de 35 pour cent au Québec.

Le rapport du réseau Banques alimentaires Canada survient alors que le gouvernement de Philippe Couillard vient de faire adopter le projet de loi 70, qui coupe de près du tiers la prestation de certains assistés sociaux au Québec. Ainsi, les nouveaux demandeurs d’aide sociale qui refusent de faire des démarches d’emploi verront leur prestation de base mensuelle passer de 623 $ par mois à 399 $.

«Malheureusement, oui, ça va affecter les gens», s’est désolé Philippe Ozga de Banques alimentaires Canada, en conférence de presse à Ottawa, mardi. Il rappelle que, dans des villes comme Québec ou Montréal, il est déjà impossible de vivre avec moins de 650 $ par mois.

C’est qu’une grande partie des Canadiens qui ont recours à leurs services touchent justement une aide gouvernementale, «ce qui est un gage marquant du faible soutien qu’offrent ces programmes», note-t-on dans le rapport. De fait, 45 pour cent des ménages qui se tournent vers les banques alimentaires sont des bénéficiaires de l’aide sociale. Selon M. Ozga, le programme comme tel maintient ces gens, parmi les plus vulnérables, dans un «cycle de pauvreté».

«Le besoin inacceptablement élevé de recourir aux banques alimentaires, tel qu’indiqué dans le rapport Bilan-Faim de cette année, est le résultat de perturbations économiques à court terme et du fait qu’à long terme, les gouvernements ne fournissent pas de formes de soutien adéquates aux Canadiens et aux Canadiennes qui traversent des périodes difficiles», déplore-t-on dans le rapport.

Les auteurs évoquent un «tableau alarmant» qui se dessine dans plusieurs régions. Selon les données colligées, les hausses de demandes sont frappantes dans l’Ouest, notamment en Alberta (+17,6 pour cent) et en Saskatchewan (+17,5 pour cent) — des provinces grandement affectées par la chute du prix du pétrole —, mais aussi au nord, dans l’ensemble des territoires (+24,9 pour cent), et en Nouvelle-Écosse (+20,9 pour cent).

Les enfants constituent 36 pour cent des Canadiens épaulés par les organismes d’aide alimentaire. C’est assez pour remplir 6000 autobus scolaires, illustre l’organisme.

Dans son rapport, Banques alimentaires Canada salue certaines initiatives du gouvernement de Justin Trudeau, dont la création de la nouvelle Allocation canadienne pour enfants (ACE) et les importants investissements pour la rénovation des logements sociaux.

«Certes, ces changements ont des incidences positives, mais cela dit, les constatations du Bilan-Faim de cette année nous font comprendre qu’il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine», peut-on lire dans le document.

On y recommande notamment de présenter une stratégie nationale de réduction de la pauvreté d’ici octobre 2017 avec des objectifs clairs, de plancher sur l’idée d’un revenu de base garanti au pays, de repenser l’aide sociale pour en faire un programme moins punitif et axé sur le soutien, ainsi que de s’attaquer plus spécifiquement à l’insécurité alimentaire dans le Nord.

Le rapport s’appuie sur les données de 4140 organismes de distribution de denrées ou de repas aux quatre coins du Canada. Les informations sont recueillies chaque année au mois de mars.

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