Jacques Boissinot/La Presse Canadienne Pierre Arcand

QUÉBEC — Tous les scénarios sont sur la table pour «enterrer la hache de guerre» avec Terre-Neuve-et-Labrador (T.-N.-L.), incluant le litige historique sur le contrat d’approvisionnement de Churchill Falls, a indiqué mardi le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand.

Dimanche, le chef caquiste François Legault a affirmé qu’il était ouvert à utiliser l’entente sur Churchill Falls, contestée par T.-N.-L., pour obtenir des avantages supplémentaires qui incluraient la production de la centrale de Muskrat Falls, un projet plombé par des dépassements de coûts.

Dans une mêlée de presse à l’Assemblée nationale, M. Arcand a déclaré que plusieurs éléments, dont une renégociation possible de l’entente de Churchill Falls, étaient l’objet de discussions entre le premier ministre Philippe Couillard et son homologue terre-neuvien Dwight Ball.

Selon le ministre, l’objectif est de parvenir à une entente pour mettre fin au processus judiciaire entamé par Terre-Neuve pour contester l’entente sur Churchill Falls, signée en 1969, jugée défavorable.

«Tous ces éléments-là se discutent au plus haut niveau, a-t-il dit. Le premier ministre, depuis plusieurs mois, a eu des rencontres déjà avec M. Ball, a-t-il dit. On va voir s’il y a une ouverture du côté de Terre-Neuve. Le premier ministre discute actuellement de la possibilité d’enterrer la hache de guerre entre le Québec et Terre-Neuve, parce que nous sommes toujours en cour depuis nombre d’années.»

Concernant la possibilité que Québec renégocie l’entente, qui arrive à échéance dans 25 ans, M. Arcand n’a pas fermé la porte.

«Tout bon « deal » pour les Québécois, c’est quelque chose qu’on peut voir», a-t-il dit aux journalistes, avant la période des questions.

Dans une entrevue avec La Presse canadienne, M. Arcand a ensuite expliqué qu’une entente hors cours devra intervenir avant de songer à toute possibilité de renégocier Churchill Falls.

«Une fois qu’on aura trouvé une solution à cette problématique, on pourra élaborer des scénarios, a-t-il dit. Mais les scénarios, on ne peut pas les élaborer tant qu’on est en cour.»

Terre-Neuve a récemment décidé de s’adresser à la Cour suprême dans un ultime recours pour contester un contrat d’approvisionnement conclu par Hydro-Québec avec l’entreprise qui exploite la centrale de Churchill Falls au Labrador, malgré des échecs devant des tribunaux inférieurs.

Dans un deuxième point de presse, après la période des questions, M. Arcand a rappelé que l’entente sur Churchill Falls sera en vigueur jusqu’en 2041.

«Toute stratégie de négociation est tout à fait prématurée. On veut, à un moment donné, qu’il n’y ait pas de guerre entre Terre-Neuve et le Québec», a-t-il dit.

M. Arcand a expliqué qu’une fois le litige juridique écarté, le gouvernement élaborera sa stratégie, et que Churchill Falls pourrait faire partie des discussions.

«On est ouvert à tout bon « deal », qu’est-ce que vous voulez que je vous dise de plus, a-t-il lancé aux journalistes. (…) On est en cour. Vous demandez s’il y a un bon « deal » avec Terre-Neuve. Si jamais on sort de la cour, et qu’il y a un bon « deal »… À ce stade-ci, ce que je vous dis, c’est que c’est prématuré.»

Le chef péquiste Jean-François Lisée a exprimé des doutes sur les gains que le Québec pourrait retirer en cédant sur Churchill Falls pour avoir accès à la production de Muskrat Falls, également au Labrador.

«En ce moment, l’entente est gagnante pour le Québec, on ne doit la rouvrir que pour avoir un bénéfice supplémentaire, qui pourrait bénéficier aux deux», a-t-il dit dans une mêlée de presse.

Le député péquiste Nicolas Marceau a affirmé qu’une entente incluant Muskrat Falls, dont les coûts de construction sont passés de 7,4 milliards $ à plus de 11 milliards $, ne serait pas avantageuse pour le Québec.

«L’électricité que nous achetons à Terre-Neuve, de Churchill Falls, c’est 0,002 $ (du kilowattheure), a-t-il dit en point de presse. Muskrat Falls, c’est un gouffre financier, puis ça risque de coûter autour de 0,22 $ le kilowattheure. Pour l’instant, à Terre-Neuve, les Terre-Neuviens sont catastrophés parce que leur facture d’électricité va doubler.»

M. Couillard a déclaré il y a dix jours qu’il gardait espoir qu’une solution puisse être négociée avec Terre-Neuve-et-Labrador, malgré la «décision malheureuse» d’Ottawa d’accorder une garantie de prêt supplémentaire à Muskrat Falls.

Cette aide de 2,9 milliards $ augmente une première garantie de prêt de 6,3 milliards $, accordée en 2013 par le gouvernement fédéral, que Québec avait déjà dénoncée comme une source de concurrence déloyale, Hydro-Québec n’ayant jamais reçu pareille aide.

Aussi dans National :

blog comments powered by Disqus