MARRAKECH, Maroc — Le fonds de travailleurs de la CSN veut faire des profits en revendant des droits de polluer avec une nouvelle source de financement pour entreprises unique au monde.

Les dirigeants de Fondaction ont annoncé, mercredi, la mise sur pied d’un Fonds Carbone d’une valeur 20 millions $ à la COP22 de Marrakech, la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, en présence du premier ministre Philippe Couillard.

Ce fonds s’adresse à de petits émetteurs de gaz à effet de serre (GES) du Québec dans des secteurs non réglementés, ceux qui ne sont pas plafonnés par la bourse du carbone, contrairement aux grands émetteurs, qui rejettent 85 pour cent des émissions de GES au Québec et qui sont limités dans leurs émissions.

Ainsi, une entreprise qui a besoin de financement pour un projet qui contribue à réduire ses émissions de GES pourrait obtenir un montant du Fonds Carbone, qui ne serait pas un prêt, qui serait en quelque sorte une avance sur le revenu qui serait dégagé ultérieurement en revendant des crédits carbone, soit un droit de polluer, à de plus grands émetteurs qui en achètent sur la bourse du carbone.

Lorsque ces «crédits compensatoires» seront revendus à de grands émetteurs en demande, le bénéfice ira à Fondaction, et non à l’entreprise emprunteuse, puisque c’est Fondaction qui a avancé l’argent.

Fondaction se lance dans cette aventure avec la Coop Carbone, qui a sécurisé, donc garanti, des achats de grands émetteurs pour 9 millions $ par an.

«On va les (les entreprises) encourager à réduire leurs émissions de GES en leur disant: ‘vous n’êtes pas obligés de le faire, mais si vous faites quelque chose qui permet la réduction de GES, vous obtenez un crédit, qu’on appelle crédit compensatoire, et ce crédit vous pouvez le vendre sur le marché’ (du carbone)», a résumé le président de la Coop Carbone, Jean Nolet, en conférence de presse dans un des pavillons de la COP22.

Le premier ministre Couillard a souligné que cette nouvelle source de financement des entreprises est rendue possible grâce à l’existence de la bourse du carbone que le Québec a mise sur pied.

«Cet outil vient garantir, donner un chemin à un flot de profits», a résumé M. Couillard, qui estime que les entreprises s’engageront d’autant plus dans la décarbonisation lorsqu’elle deviendra source de profits.

«Ce qui est possible à 20 millions $, d’après moi, un jour, deviendra possible à 200 millions $ et à 1 milliard $», a-t-il poursuivi, en affirmant qu’il s’agit d’une initiative qui a «beaucoup d’importance pour le Québec, le Canada et le monde».

D’ailleurs, pour le gouvernement, le Fonds Carbone a aussi pour avantage de contribuer à l’atteinte de la cible de réduction de GES du Québec. En effet, le moindre pourcentage de diminution comptera pour l’atteinte de la cible de moins 20 pour cent en 2020 par rapport à l’année 1990, et 37,5 pour cent en 2030 par rapport à la même année de référence.

Les entreprises du secteur agro-alimentaire, de foresterie et des transports seront admissibles, c’est-à-dire de secteurs où le gouvernement dispose d’outils pour mesurer les émissions de GES.

Le nouveau Fonds Carbone entrera en activité le 9 janvier prochain.

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