Yves Provencher/Métro Université McGill

MONTRÉAL — Le financement de la recherche universitaire, particulièrement au fédéral, a subi d’importantes coupes ces dernières années. Il y a aussi eu un réalignement vers la recherche «liée», qui peut davantage déboucher vers des innovations qui profiteront au secteur privé.

Ce sont des constatations que fait l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), sous la plume du chercheur Samuel-Élie Lesage, dans son plus récent rapport qui paraît jeudi.

M. Lesage souligne par exemple qu’au fédéral, entre les exercices budgétaires 2007-2008 et 2014-2015, le financement des conseils de recherches a été réduit de 8,2 pour cent.

Pour ce qui est du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie, par exemple, le nombre de bourses d’études accordées a baissé de 68 pour cent au niveau de la maîtrise, de 19 pour cent au niveau du doctorat et de 25 pour cent pour les bourses postdoctorales.

«Pour les trois organismes subventionnaires fédéraux, on observe une diminution nette tant du taux de réussite que du nombre de projets subventionnés, alors que le nombre total de demandes de subvention ne cesse globalement d’augmenter», écrit le chercheur.

Il y a toutefois eu un important changement de cap depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement de Justin Trudeau, fait remarquer le chercheur. «Ça a remonté beaucoup. On parlait d’une diminution de 8,2 pour cent (sous le gouvernement de Stephen Harper). Une fois que M. Trudeau a été élu et que son budget a été mis en place, ça a en fait quasiment renversé la tendance», a-t-il conclu.

Plus précisément, grâce à ces réinvestissements dans les fonds de recherche, M. Lesage conclut à un écart négatif de 1,7 pour cent pour les sciences de la nature et de 8,8 pour cent en sciences humaines, entre 2007 et aujourd’hui. «On voit vraiment que les investissements de M. Trudeau ont eu un impact important pour réduire l’écart et rattraper le niveau de 2007», a-t-il affirmé.

Au Québec

Le phénomène est moins évident pour le Québec. L’auteur conclut plutôt à «d’importantes variations» du financement des Fonds de recherche du Québec.

Il constate ainsi d’importants investissements grâce à la Stratégie québécoise de recherche et d’innovation (SQRI) à compter de 2007 jusqu’en 2015. Mais lorsque cette stratégie est arrivée à échéance, les crédits n’ont pas été renouvelés — ce qui lui fait conclure à des coupes. Dans les faits, le gouvernement se penche actuellement sur une nouvelle politique à ce chapitre.

«La décision du gouvernement de ne pas assumer la part des crédits de la SQRI échus équivaut à une coupure de près de 20 pour cent du financement du Fonds de recherche du Québec — Nature et technologie. Ces compressions ont mené (…) à l’arrêt brutal du financement de projets de recherche, dont certains étaient déjà en cours», écrit M. Lesage.

Plus généralement, le chercheur conclut à un réalignement des orientations pour délaisser la recherche fondamentale au profit de la recherche «liée», davantage axée sur l’innovation et la possibilité de rentabilité.

«Nous, ce qu’on voit, à travers le financement de la recherche, on veut davantage financer l’innovation qui va profiter aux entreprises privées. L’État impose, à travers son financement qu’il accorde aux chercheurs et aux universités, le processus de recherche et développement qui appartient d’habitude aux entreprises privées, c’est-à-dire (que) l’État va assumer les pertes ou les risques financiers de la recherche et du développement et les entreprises privées de plus en plus bénéficient des retombées et des profits de ça. La question se pose: dans quelle mesure ça va profiter à la croissance économique?» demande le chercheur.

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