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QUÉBEC — Nouvelle pomme de discorde entre Québec solidaire (QS) et le Parti québécois (PQ): les deux partis sont aux antipodes quant à l’évaluation du travail accompli par le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon.

Dans la joute parlementaire, où chacun joue du coude, le député solidaire Amir Khadir critique ouvertement la trop grande complaisance du président envers le gouvernement, tandis que l’opposition péquiste, loin de se ranger derrière lui, a choisi de prendre la défense de M. Chagnon et d’égratigner au passage M. Khadir.

Pourtant, le PQ tente depuis des mois de créer des alliances avec Québec solidaire, allant même jusqu’à proposer dernièrement une candidature commune en vue de l’élection complémentaire qui a cours dans Verdun.

Mais jeudi le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, ex-chef par intérim de la formation, a reproché à Amir Khadir d’être trop centré sur «sa petite personne», rappelant au député de Mercier que l’Assemblée nationale n’était pas une cour de récréation.

M. Gaudreault, qui a affirmé avoir consulté le caucus avant sa sortie, représentait son groupe parlementaire à Marrakech, au Maroc, où se tenait la conférence COP22 sur la lutte aux changements climatiques.

En point de presse, il a soutenu que l’opposition péquiste était «très attachée au protocole», et qu’il importait que les élus fassent preuve de «dignité» dans l’enceinte du Parlement.

Car au Salon bleu, «on n’est pas dans une manif populaire», a dit M. Gaudreault, en référence aux positions de gauche de son collègue.

La question n’est pas de savoir «si on vote de face ou de dos, ou si on lance un soulier», a-t-il ajouté.

La controverse a débuté jeudi dernier, quand les trois élus solidaires, Françoise David, Manon Massé et M. Khadir, se sont levés pour voter contre le projet de loi 70 sur l’aide sociale et, dans un geste inusité, ont choisi de tourner le dos à l’Assemblée nationale.

En Chambre, mardi, M. Chagnon a blâmé sévèrement les trois députés, pour avoir agi ainsi. Il a jugé que leur geste était une insulte à l’institution, alors que le vote des élus est un geste «sacré», qu’il ne faut pas dénaturer.

«Je considère que ce qui s’est passé jeudi dernier va à l’encontre des principes qui sont à la base de notre démocratie et qu’il s’agit d’une atteinte injustifiée à notre décorum», affirmait-il.

Piqué au vif, Amir Khadir a répliqué pour estimer que c’est plutôt l’attitude du président envers le gouvernement «qui insulte l’intelligence du public».

M. Khadir juge que M. Chagnon se montre complaisant envers le gouvernement, permettant «à des ministres de dire n’importe quoi en réponse à des questions très précises» de l’opposition.

Loin de s’excuser de son geste, il a blâmé le président, l’exhortant à rappeler à l’ordre les membres du gouvernement et à faire respecter les règles parlementaires.

«Il ne les interrompt pas, il ne les rappelle pas à l’ordre», a déploré M. Khadir, qui voudrait voir le président «forcer» les ministres à répondre aux questions.

Au Québec, «on ne considère pas l’Assemblée nationale comme une cour de récréation ou une salle de lutte», commente pour sa part Sylvain Gaudreault, en prenant clairement ses distances de M. Khadir.

Le respect de la présidence et le respect des institutions est une chose primordiale pour les élus, fait-il valoir, réitérant sa confiance en M. Chagnon.

Il reproche au député de Mercier de ne pas partager ces valeurs, se préoccupant trop «de sa petite personne et de sa petite façon de voter à l’Assemblée nationale».

Député libéral de Westmount-Saint-Louis, Jacques Chagnon préside l’Assemblée nationale depuis cinq ans.

Selon M. Gaudreault, le président jouit d’une excellente réputation auprès des parlementaires des différentes formations et «il ne faut pas commencer à détruire ça».

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