Phill Snel Phill Snel / La Presse Canadienne

WASHINGTON — Un des négociateurs américains qui avaient participé il y a un quart de siècle à l’élaboration de l’Accord de libre-échange nord-américain estime aujourd’hui que l’ALÉNA est dépassé et qu’il faut le revoir sous l’éclairage du XXIe siècle.

Mickey Kantor avait été mandaté par Bill Clinton pour nouer les dernières ficelles de l’accord, en 1993. Le président démocrate nouvellement élu avait alors promis de faire ajouter des ententes parallèles en matière de droit du travail et d’environnement.

Partisan indéfectible de l’ALÉNA, M. Kantor soutient néanmoins que ces accords commerciaux auxquels il a contribué dans les années 1990 ont été élaborés en fonction d’une économie qui n’existe plus — avant l’internet, l’infonuagique, le transfert des données, etc. L’ancien représentant américain au commerce conseillerait même au président désigné Donald Trump de placer la renégociation de l’ALÉNA parmi ses priorités.

M. Trump a de fait promis en campagne électorale de renégocier l’accord, voire de l’abroger, ce qui a suscité une vive inquiétude chez les fournisseurs américains qui exportent leurs produits essentiellement au Canada. Au lendemain de la présidentielle, le Canada et le Mexique se sont déclarés prêts à revoir l’ALÉNA, ce qui a fait dire à certains que les deux signataires avaient ainsi affaibli leur pouvoir de négociation.

Une autre ancienne représentante américaine au commerce, la républicaine Susan Schwab, partage l’opinion de son prédécesseur: l’accord est bon en soi, mais il est aujourd’hui dépassé. Elle estime par ailleurs que le gouvernement canadien a adopté une approche extrêmement habile dans les circonstances.

Un troisième ancien représentant américain au commerce, Robert Zoellick, suggère de son côté d’en profiter pour inviter le Royaume-Uni à joindre l’ALÉNA — puisque ce pays, depuis le Brexit, cherchera à tisser de nouvelles relations commerciales.

L’avocat en droit du commerce Mark Warner rappelle lui aussi que plusieurs intervenants voient d’un bon oeil la réouverture de l’ALÉNA, par exemple pour moderniser les dispositions sur les normes du travail, l’environnement, les sociétés d’État, la lutte contre la corruption ou le règlement des litiges, comme on l’a fait dans des accords plus récents.

Cette renégociation permettrait ainsi au Canada de revoir, par exemple, la clause énergétique qui l’oblige à vendre une certaine quantité de pétrole aux États-Unis, ce qui limite la diversification de ses marchés. Le Canada pourrait aussi obtenir des allégements en matière d’appels d’offres gouvernementaux ou de mobilité de la main-d’oeuvre — notamment dans l’économie numérique.

Mais on risque aussi d’ouvrir une belle boîte de Pandore, convient Me Warner: les Américains pourraient en profiter pour renégocier des chapitres majeurs comme le bois d’oeuvre, la gestion de l’offre dans le secteur laitier ou l’étiquetage du pays d’origine pour le boeuf.

Et si le président Trump abrogeait finalement l’ALÉNA, le Canada pourrait toujours jeter son dévolu sur l’Accord de libre-échange canado-américain de 1988, lance Me Warner — mais celui-là aussi serait par définition encore plus obsolète et exigerait une renégociation…

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