Paul Chiasson Paul Chiasson / La Presse Canadienne

PORT-AU-PRINCE, Haïti — Le Programme alimentaire mondial (PAM) en Haïti lance des fleurs au gouvernement canadien pour avoir toujours fourni de l’aide même dans les périodes où le pays n’était pas en crise urgente.

Ronald Tran Ba Huy, représentant et directeur de l’organisme onusien pour le pays, salue l’aide du Canada, qui s’est toujours poursuivie constamment avec le temps, et ce, peu importe la couleur du gouvernement.

Le pays le plus pauvre d’Amérique a été touché de plein fouet par deux catastrophes naturelles importantes récemment — le tremblement de terre dévastateur de 2010 et l’ouragan Matthew, en octobre.

Pour gérer ces situations, le PAM a besoin de se constituer des réserves afin de répondre rapidement aux besoins de la population si une autre crise se présentait.

Les pays sont souvent peu intéressés à contribuer à ce fonds puisque cela ne leur donne aucune visibilité dans les moments où il n’y a pas de crise, mais le Canada est «le seul» a avoir financé ce programme depuis des années, a souligné Ronald Tran Ba Huy.

M. Tran Ba Huy a fait ces commentaires jeudi, lors d’une visite de la ministre canadienne du Développement international, Marie-Claude-Bibeau, dans les régions haïtiennes les plus touchées par l’ouragan, en l’occurrence Les Cayes et Camp Perrin.

«Grâce à ce stock de contingence, on avait de quoi distribuer pour 300 000 personnes immédiatement. Sans ça, ça aurait été beaucoup plus compliqué. Nous sommes extrêmement reconnaissants au Canada d’être très fidèle», a-t-il ajouté.

Le Canada a également mis à la disposition du PAM des moyens de transport aériens qui sont notamment utilisés pour envoyer des réserves de nourriture dans des zones isolées, où les camions ou les ânes ne peuvent se rendre.

Bien que le PAM ait réussi à fournir de l’aide d’urgence à 520 000 personnes entre le 8 octobre et le 14 novembre, il reste encore 800 000 personnes qui sont dans le besoin — une cible qui nécessiterait quelque 48 millions $ US.

Le PAM a même dû réduire les rations de 80 pour cent pour pouvoir nourrir le plus de sinistrés possible.

Et c’est sans compter tous les effets dévastateurs à long terme laissés par l’ouragan. Des champs ont été complètement rasés juste avant le début de la saison de culture du mois de novembre, qui est complètement perdue, selon Joséphine Fleurant, agente de suivi au PAM.

«La récolte d’hiver, (pendant laquelle) on devait avoir du haricot, qu’on appelle chez nous le pois Congo et le petit mil, ou le sorgho, qu’on devait avoir en décembre et janvier, c’est totalement foutu. Il n’y en a pas. Les familles ont tout perdu», a-t-elle expliqué.

Pour s’assurer d’avoir des récoltes en mars et en mai, les Haïtiens doivent aussi travailler leurs champs pour enlever les alluvions, des parcelles de terre qu’il faut retirer pour accéder à la terre fertile.

Un autre agent de suivi du PAM, Jean-Baptiste Rony, a fait remarquer que l’ouragan avait également abîmé des arbres qui donnaient des fruits.

Il faut donc, de façon urgente, intervenir pour éviter que les Haïtiens soient affectés à long terme et qu’ils aient encore besoin de l’aide immédiate du PAM, souligne Ronald Tran Ba Huy.

Selon un rapport du PAM daté du 14 novembre, quelque 2,1 millions de personnes ont été touchées par l’ouragan Matthew, dont 894 000 enfants.

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