Mario Beauregard/Métro Steve Rolles, analyste principal des politiques pour l’organisme Transform Drug Policy Foundation.

La prohibition des drogues a été un «désastre», et le Canada pourra jouer un rôle de leader mondial quand il entamera la légalisation du cannabis, croit Steve Rolles, analyste principal des politiques pour l’organisme Transform Drug Policy Foundation.

M. Rolles est de passage à Montréal aujourd’hui, où il prononcera un discours à l’occasion de la journée thématique sur la légalisation du cannabis, organisée par l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) et l’Institut nationale de la santé publique du Québec (INSPQ).

L’analyste fait valoir que, même si certaines substances, dont le cannabis, la cocaïne ou l’héroïne, sont illégales depuis des décennies dans plusieurs pays, le nombre de personnes qui les utilisent ne fait qu’augmenter. «Il y a très peu d’indications que la guerre contre les drogues décourage les utilisateurs ou rend l’accès difficile», juge M. Rolles.

Selon lui, les problèmes liés aux drogues devraient être traités comme des problèmes de santé publique. Il donne l’exemple de la cigarette, qui est légale mais contrôlée. Pourtant, même si l’usage du tabac est légal, des années d’éducation et d’interventions auprès des fumeurs ont permis de diminuer les taux de tabagisme. Les taux d’utilisation du cannabis, en revanche, ne flanchent pas. «On a un produit légal et réglementé avec de bons résultats en santé publique, et un produit illégal réglementé avec des résultats négatifs. Nous devrions en tirer des leçons», avance-t-il.

«Les politiciens doivent réduire l’impact négatif des drogues sur les usagers et sur la communauté dans laquelle ceux-ci vivent. Toutes les études nous démontrent que livrer le contrôle du marché des drogues au crime organisé donne les résultats contraires.» –Steve Rolles, analyste principal des politiques pour l’organisme Transform Drug Policy Foundation

Pour lui, l’approche policière pour combattre l’utilisation des drogues, si elle peut sembler logique, ne 
fonctionne pas. «Nous avons un problème de santé publique, et la ligne de front de notre approche est formée de policiers et de soldats. C’est une erreur catégorique. Ça serait comme utiliser l’armée de l’air pour combattre le diabète. C’est ridicule! Ce ne sont pas des gens qui sont bien placés pour traiter ce problème», lance-t-il, en ajoutant que, d’après lui, des professionnels de la santé devraient mener ce combat.

En plus d’avoir peu d’effet sur les taux d’utilisation des drogues, la prohibition crée un vaste marché noir, avec un chiffre d’affaires mondial de quelque 100 G$ annuellement, illustre M. Rolles. «Nous avons laissé le contrôle de ces substances hautement dangereuses aux pires personnes possible, soit les criminels et les gangs. Si nous voulons empêcher les jeunes d’utiliser ces substances, nous devons contrôler nous-même le marché», croit-il.

M. Rolles salue l’intention du gouvernement du premier ministre du Canada, Justin Trudeau, de légaliser le cannabis. Il juge que le gouvernement a envoyé «plusieurs messages encourageants» qui le portent à croire que l’administration Trudeau «s’en va dans la bonne direction».

«Les yeux du monde entier se tourneront vers le Canada pour voir ce qui arrivera, 
explique-t-il. Le Canada deviendra un des leaders mondiaux en la matière. Que le gouvernement le veuille ou non, le pays tient maintenant un rôle de leader.»

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