OTTAWA — Le gouvernement fédéral souhaite encourager la fermeture des centrales au charbon toujours actives au pays d’ici 2030.

Les provinces où l’on trouve encore des centrales au charbon — l’Alberta, la Saskatchewan, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick — devront fermer leurs centrales ou encore compenser les émissions de gaz à effet de serre des installations si elles demeurent ouvertes.

«On donne la flexibilité aux provinces. Si elles peuvent avoir des mesures qui vont réduire les émissions, ça va marcher», a soutenu en conférence de presse, lundi, la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, qui venait à peine de rentrer de la Conférence de Marrakech sur le climat.

«On sait que l’Alberta a déjà annoncé qu’elle va éliminer le charbon d’ici 2030 et le remplacer par l’énergie propre renouvelable. Il y a aussi la possibilité (dans le cas de la Saskatchewan) d’utiliser la capture et le stockage du carbone», a-t-elle illustré.

La ministre McKenna a plaidé que le remplacement du charbon par des technologies propres dans le panier énergétique du Canada «permettra de réduire grandement nos émissions de gaz à effet de serre et d’améliorer la santé des Canadiens».

Cela constitue également «une façon de favoriser les investissements, puisque nous enverrons un signal clair au monde entier que le Canada est un excellent endroit pour investir dans l’énergie propre», a-t-elle fait valoir.

L’objectif du gouvernement canadien est de faire passer à 90 pour cent d’ici 2030 le pourcentage d’électricité provenant d’énergies propres. Cette proportion est actuellement de 80 pour cent.

En confirmant son intention de tourner progressivement le dos au charbon, le Canada emboîte le pas à des pays comme la France, le Royaume-Uni, l’Autriche ou encore le Danemark, a fait remarquer Catherine McKenna.

La ministre dit ne pas s’inquiéter outre mesure du fait qu’au sud de la frontière, le président désigné des États-Unis, le climatosceptique Donald Trump, semble avoir l’intention d’emprunter un chemin diamétralement opposé, ayant promis d’accroître la production de charbon.

«Nous considérons cela comme une énorme opportunité pour le Canada. (…) C’est une opportunité d’exportation (d’électricité) vers les États-Unis», a-t-elle offert, soutenant que le secteur privé est pleinement conscient que l’avenir est à la décarbonisation.

Cet avis est partagé par les représentants des groupes environnementaux et du milieu de la santé qui avaient convergé vers Ottawa, lundi, justement pour interpeller la ministre McKenna sur l’élimination progressive des centrales d’électricité au charbon.

«C’est une tendance mondiale dont le Canada peut seulement espérer faire partie», a résumé en conférence de presse au parlement le docteur Joe Vipond, de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME).

Les 35 centrales au charbon canadiennes rejettent actuellement environ 10 pour cent des émissions totales de GES au pays. Le plan annoncée lundi, qui équivaut au retrait de 1,3 million de voitures de la circulation, fera baisser les émissions de plus de 5 mégatonnes d’ici 2030.

Mme McKenna a dévoilé ce nouveau volet de la stratégie fédérale à un peu moins de trois semaines d’une rencontre entre le premier ministre Justin Trudeau et ses homologues provinciaux, les 8 et 9 décembre prochain. L’un des principaux objectifs de cette réunion est l’adoption d’un plan d’action pancanadien sur le climat.

Le plus récalcitrant des premiers ministres du pays en matière de lutte aux changements climatiques, Brad Wall, de la Saskatchewan, a accusé le gouvernement Trudeau d’agir sans consulter dans le dossier des centrales au charbon comme dans celui du prix sur le carbone.

Il a assuré que son gouvernement étudierait l’impact économique et environnemental du plan présenté lundi tout en prévenant que la Saskatchewan «n’appuiera aucun accord à la réunion de décembre à moins que l’on retire la proposition d’une taxe fédérale sur le carbone».

Dans les autres provinces qui exploitent toujours des centrales au charbon, la réception a été plus positive.

Du côté de l’Alberta, la ministre de l’Environnement y a vu une preuve que le virage annoncé par le gouvernement néo-démocrate était le bon. Au Nouveau-Brunswick, on a salué le «leadership» et la «flexibilité» du gouvernement de Justin Trudeau.

Le gouvernement néo-écossais s’est pour sa part réjoui du sursis que lui a accordé le gouvernement fédéral. En vertu d’une entente de principe conclue avec Ottawa, les centrales de la province pourront demeurer ouvertes au-delà de 2030. En échange, la Nouvelle-Écosse a accepté de mettre sur pied un système de plafonnement et d’échange de droits d’émissions de GES.

À la Fondation David Suzuki, on a bien accueilli le plan McKenna, «mais on aurait préféré que le gouvernement fédéral ne permette pas des échappatoires pour maintenir les centrales au charbon ouvertes (au-delà de 2030)», a précisé son directeur pour le Québec, Karel Mayrand.

Le député néo-démocrate Charlie Angus a fait écho à ces propos en point de presse dans le foyer des Communes, lundi après-midi, reprochant aux libéraux de n’avoir pas accouché d’un plan plus strict. «Les centrales au charbon doivent fermer. Nous avons besoin d’un réel engagement ferme du gouvernement fédéral», a-t-il fait valoir.

Aussi dans National :

blog comments powered by Disqus