Sean Kilpatrick Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

OTTAWA — Le service canadien d’espionnage est on ne peut plus clair: la Russie et la Chine tentent toujours de voler au Canada d’importants secrets militaires, politiques et industriels.

Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), qui n’a pas l’habitude d’identifier aussi clairement les pays qui constituent une menace à la sécurité nationale, lance cet avertissement direct dans des notes d’information préparées pour le directeur de l’agence, Michel Coulombe.

Au moment où le Canada doit faire face au problème posé par les extrémistes inspirés du djihad, les menaces d’«espionnage classique» demeurent toujours une préoccupation, rappelle le SCRS. Or, «la Russie et la Chine, en particulier, continuent de cibler les renseignements classifiés et la technologie, de même que des représentants et l’appareil du gouvernement».

Les notes d’information, que M. Coulombe devait utiliser en mars devant le Comité sénatorial permanent de la défense et de la sécurité, ont été obtenues par La Presse canadienne grâce à la Loi sur l’accès à l’information.

La porte-parole du SCRS, Tahera Mufti, n’a pas voulu donner de détails sur des aspects spécifiques des enquêtes, mais elle a insisté sur l’inquiétude générale de l’agence d’espionnage. Elle a ainsi souligné que «le Canada demeure une cible pour les activités traditionnelles d’espionnage de la part d’un certain nombre d’États étrangers, qui continuent de recueillir de l’information politique, économique et militaire au Canada par des méthodes clandestines».

«Des États et d’autres entités à l’étranger ont des intérêts — politiques, économiques et territoriaux — et chercheront à servir ces intérêts par une variété de moyens. Certains le feront par le biais de l’espionnage et d’interférence, ciblant l’économie, les intérêts et actifs stratégiques, les institutions sociales et des membres de la diaspora», a expliqué Mme Mufti.

Des responsables de la sécurité de pays occidentaux préviennent souvent que le «bon vieil espionnage» n’a pas cessé depuis la fin de la guerre froide, et que certains événements qui ont fait l’actualité récemment sont là pour le rappeler. Il y a trois ans, un officier subalterne de la Marine canadienne, Jeffrey Delisle, a été condamné à 20 ans de prison après avoir reconnu en cour qu’il avait transmis des renseignements secrets à la Russie, en échange d’argent, sur une base régulière pendant plus de quatre ans.

Plus récemment encore, des responsables américains ont accusé Moscou d’avoir dérobé des courriels du Parti démocrate qui ont embarrassé la candidate Hillary Clinton lorsque WikiLeaks les a publiés. La Russie a nié toute implication dans cette fuite.

Interrogé sur la note d’information du SCRS, le porte-parole de l’ambassade de Russie au Canada, Kirill Kalinin, a admis que la «cueillette d’information» constitue un des piliers de la sécurité nationale de tout pays. Mais il soutient que le monde doit surtout s’inquiéter des activités d’espionnage américaines. À la suite des révélations d’Edward Snowden, il est de notoriété mondiale que les aptitudes de l’Agence américaine de sécurité nationale (NSA) sont «sans égal dans le monde», indique M. Kalinin.

Il y a deux ans, Ottawa a soutenu que la Chine s’était introduite dans le réseau informatique du Conseil national de recherches, ce qui avait provoqué par la suite l’interruption de tout le système de technologie de l’information pendant une longue période. Pékin a nié son implication et accusé le Canada de lancer des allégations gratuites.

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