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MONTRÉAL — Au moment où le processus de légalisation de la marijuana est bien enclenché au Canada, des données publiées lundi par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) révèlent que la consommation de cette drogue chez les personnes de 15 ans et plus a augmenté entre 2008 et 2014-2015, passant de 12 à 15 pour cent.

L’étude de l’ISQ précise que cette hausse est surtout attribuable à la consommation dite «occasionnelle», soit une personne ayant consommé du cannabis moins d’une fois par mois ou une à trois fois par mois au cours des 12 mois ayant précédé l’enquête.

L’enquête révèle par ailleurs que c’est dans la population des 18 à 24 ans que l’on retrouve la plus forte proportion de consommateurs occasionnels.

Cette tendance à la hausse n’est pas nouvelle, bien que l’Enquête québécoise sur la santé de la population, qui a fourni les données utilisées dans l’étude sur le cannabis, n’ait été réalisée qu’à deux reprises jusqu’à maintenant, soit en 2008 et 2014-2015.

«En consultant la littérature quand on a voulu faire ce bulletin-là, on s’est aperçu que des études aux États-Unis aussi constataient qu’il y avait une augmentation de la consommation de cannabis à travers le temps, et tout dernièrement, Santé Canada a publié des données de Statistique Canada qui soulignaient également une augmentation de la consommation de cannabis au cours de la dernière décennie», explique Monique Bordeleau, coordonnatrice à l’ISQ.

«C’est une évolution qu’on retrouve ailleurs, dans d’autres pays, ajoute-t-elle. Le Québec ne fait pas figure à part quand on parle d’augmentation de la consommation de cannabis, c’est un phénomène qu’on retrouve aux États-Unis, entre autres, et dans le reste du Canada.»

Les chercheurs se sont attardés aux variables permettant de prédire l’appartenance au groupe des consommateurs occasionnels de cannabis, de même qu’à celui des consommateurs réguliers, soit les personnes ayant consommé cette drogue une fois par semaine, plus d’une fois par semaine ou tous les jours au cours des 12 mois ayant précédé l’enquête. Pour ce faire, ils ont comparé le groupe des consommateurs occasionnels, puis celui des consommateurs réguliers à celui des non-consommateurs, afin de déterminer s’il existait des similitudes entre les deux groupes de consommateurs.

«Il y a quand même pas mal de similitudes entre les consommateurs occasionnels et réguliers. Ce qu’on remarque, c’est que le fait d’être un homme, d’être âgé entre 18 et 24 ans, de vivre seul, d’être né au Canada, ce sont des caractéristiques socio-démographiques où (les gens) ont une plus grande propension à être des consommateurs occasionnels ou des consommateurs réguliers», souligne Mme Bordeleau, ajoutant que d’autres facteurs, comme le tabagisme, les pensées suicidaires et la consommation de drogue entraient aussi en ligne de compte.

Le fait de présenter un niveau élevé de détresse psychologique est cependant associé à la consommation régulière de cannabis, mais pas à la consommation occasionnelle, indique l’étude. Les étudiants sont quant à eux davantage enclins à s’inscrire dans la catégorie des consommateurs occasionnels, comparativement aux travailleurs, aux sans-emploi et aux retraités, une caractéristique que l’on ne retrouve pas du côté des consommateurs réguliers.

Pour ce qui est du fait que les hommes ont une probabilité plus forte de consommer du cannabis, que ce soit de manière occasionnelle ou régulière, Mme Bordeleau précise que les analyses faites par les chercheurs ne permettent pas nécessairement de quantifier l’écart entre les deux sexes.

«Ce que ça nous permet (de dire), et ça sort assez clairement, c’est que les hommes ont une plus grande propension à consommer des drogues, que ce soit de façon occasionnelle ou régulière. Et même quand on le fait dans des analyses plus traditionnelles où on compare deux variables entre elles, on s’aperçoit qu’en 2014-2015, on a 12 pour cent des hommes qui sont des consommateurs occasionnels, versus 9 pour cent des femmes, alors il y a une différence entre les deux. Et il y a aussi une différence pour ce qui est de la consommation régulière, alors que les hommes sont 7 pour cent à avoir une consommation régulière, par rapport à 3 pour cent chez les femmes.»

Les variables prédisant la propension à être un consommateur de cannabis:

– Être un homme

– Être âgé de 18 à 24 ans

– Vivre seul

– Être né au Canada

– Avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois

– Fumer la cigarette

– Consommer des drogues autres que le cannabis

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