Quoi de plus horrifiant, pour une personne obsessionnelle-compulsive, que d’entrer virtuellement dans une toilette publique extrêmement sale? Une telle expérience pourrait pourtant l’aider à se débarrasser de son trouble, selon Stéphane Bouchard, cofondateur du Laboratoire de cyberpsychologie de l’Université du Québec en Outaouais, qui développe des applications en réalité virtuelle pour traiter des dépendances et divers troubles d’anxiété. M. Bouchard participait mercredi à la conférence «Comment la réalité virtuelle transforme-t-elle les soins de santé?» à la Maison Notman à Montréal. Métro en a profité pour discuter avec lui.

Comment les possibilités de la réalité virtuelle en santé mentale ont-t-elles évolué depuis la fondation de votre laboratoire (en 1999)?
Énormément. Au début, nos propositions relevaient plus de la science-fiction. La technologie était complexe et coûteuse et on réussissait à peine à traiter certains troubles comme la phobie des araignées. Maintenant, les technologies se sont démocratisées et on peut soigner une panoplie de maladies mentales, de la dépendance au jeu jusqu’aux troubles alimentaires.

De quelle manière pouvez-vous traiter le jeu pathologique, justement?
Dans mon bureau, vous mettez des lunettes de réalité virtuelle. Vous pouvez vous promener dans la rue, aller à un guichet automatique, aller jouer à un appareil de loterie vidéo. Si vous voulez miser 2000$, vous pouvez le faire. En pleine thérapie, vous vivez votre désir de jouer. Ça permet de mettre le doigt sur les problèmes, de développer des stratégies et de les mettre en action.

Pouvez-vous me donner d’autres exemples de projets prometteurs?
Les personnes souffrant de stress post-traumatique doivent apprivoiser leurs souvenirs pour être capables de les digérer émotionnellement. On peut donc aider les victimes d’accidents de la route en leur faisant revivre un accident et tout ce qui s’ensuit.

Pour désensibiliser les gens qui ont une phobie, on peut progressivement les mettre en contact avec ce qui leur fait peur. Pour l’anxiété sociale, par exemple, les patients sont amenés à faire des présentations orales ou à discuter avec un tenancier de dépanneur. Ils gardent le contrôle de ce qui se passe, ce qui est rassurant, et leur thérapeute peut les accompagner là-dedans.

On a aussi eu un projet avec les Forces armées canadiennes pour préparer les soldats à gérer leur stress sur le terrain. En ayant eu un tel entraînement, ils sont en mesure de s’occuper plus rapidement des blessés, par exemple, et de sauver des vies.

Ces techniques sont-elles déjà disponibles pour les citoyens?
Il y a déjà la clinique In Virtuo, à Gatineau, qui utilise nos logiciels. À Montréal, certains regardent la possibilité de les acheter. Il y a quelques années, on aurait pu parler de coûts exorbitants, mais aujourd’hui on peut avoir un appareil de réalité virtuelle à 700$ ou 800$ et un logiciel sur les troubles d’anxiété pour 5000$. Ça serait intéressant que ça arrive dans nos hôpitaux.

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