Stefanie Di Risio Pour l'Instant la Lincoln améliorée par l'université de Waterloo fonctionne encore avec un joystick, mais plus pour très longtemps.

L’Ontario a présenté lundi son projet pilote de voiture sans chauffeur. Où en est le Québec?

Le programme de véhicules 100% autonomes s’étalera sur dix ans. Il inclut trois partenaires: l’Université de Waterloo, qui mettra à contribution une dizaine de ses départements de recherche, la firme QNX, filiale de BlackBerry, qui fabrique des ordinateurs de bord connectés pour les voitures et le constructeur de véhicules récréatifs Erwing Hymer.

«C’est en 2013, un an et demi avant de devenir ministre des Transports de l’Ontario, que j’ai entendu parler pour la première fois des véhicules autonomes. Trois ans plus tard, j’annonce le premier projet pilote de tests au Canada, c’est dire à quel point la technologie avance rapidement», a déclaré lundi le ministre Steven Del Duca, tout en soulignant que l’écosystème ontarien était propice à l’émergence de ce genre de projets.

La Lincoln MKZ améliorée du projet WatCar a reçu depuis peu l’autorisation de rouler sur les routes de l’Ontario, la province ayant changé sa législation il y a environ un an.

Cette nouvelle législation, entrée en vigueur en janvier, a notamment convaincu General Motors d’installer un incubateur technologique dans la province, même si l’Ontario a pris du retard par rapport à la Californie. «Nous avons une forte culture automobile, ainsi que des conditions climatiques variées», selon Daiene Vernile, adjointe parlementaire au ministre des Transports. Selon l’Institut des ingénieurs électriciens et électroniciens, 75% des voitures seront autonomes d’ici 2040.

Et le Québec? Il traîne dangereusement de la patte, selon Jean-François Barsoum, consultant senior chez IBM spécialisé dans les domaines des villes intelligentes et du transport. «Au Québec, les politiciens n’ont même pas entamé de discussion sur le sujet, que ce soit au niveau de l’adaptation réglementaire, ou à propos de l’impact des véhicules autonomes sur l’urbanisme, les transports ou la formation», dit-il.

M. Barsoum souligne qu’alors que le Québec mettait des bâtons dans les roues d’Uber, la multinationale américaine testait déjà des véhicules sans chauffeur ailleurs. Quant à Tesla, l’entreprise tentera en 2017 la première traversée des États-Unis sans chauffeur (recharge électrique comprise). «On a une fenêtre d’un an pour entamer une réflexion sérieuse sur le sujet et évaluer notamment quelles seront les formations nécessaires au cégep et à l’université. Après on aura manqué le bateau et les spécialistes du domaine quitteront la province, faute de débouchés», prévoit-il. Pourtant l’électronique embarquée des véhicules autonomes sera le secteur offrant le plus de valeur ajoutée, bien plus que la construction de la voiture elle-même.

Au-delà de ces enjeux, les véhicules sans chauffeurs sont aussi appelés à bouleverser plusieurs domaines, notamment celui des assurances. Le coût pour assurer une auto, ne dépendra plus des talents du chauffeur, mais bien de la fiabilité de chaque modèle. «Comme ce sont les constructeurs qui connaîtront le mieux les caractéristiques des véhicules, il serait logique de penser qu’il vendront leur modèle avec l’assurance incluse et donc qu’ils se transformeront aussi en assureurs», croit M. Barsoum.

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