OTTAWA — La Société des alcools du Québec (SAQ) serait l’endroit tout indiqué pour la vente de marijuana récréative, d’après une étude dont la conclusion vient en quelque sorte contredire une recommandation formulée la veille par le groupe de travail sur la légalisation du cannabis.

L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) a calculé que la commercialisation serait plus lucrative si elle était gérée par la SAQ que par le secteur privé, chiffrant la valeur du marché québécois à 1,3 milliard $.

La société d’État offrirait aussi un «encadrement plus responsable» pour la vente d’un produit «posant des problèmes de santé publique et pouvant mener à la dépendance», précise l’étude en partie financée par le Syndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ.

L’IRIS signale par ailleurs que l’augmentation des redevances que verse la Société des alcools au gouvernement québécois pourrait atteindre 457 millions $ si elle prenait en charge la vente de marijuana à des fins récréatives.

L’étude a été publiée au lendemain du dépôt du rapport d’un groupe de travail mis sur pied par le gouvernement fédéral, qui recommandait aux provinces et territoires d’«éviter et décourager fortement la co-implantation de la vente au détail de cannabis et d’alcool ou de tabac».

Une co-implantation pourrait laisser croire que «la consommation simultanée de cannabis et d’alcool ou de tabac est tolérée ou encouragée», sans compter qu’elle pourrait avoir des répercussions sur les consommateurs de cannabis qui essaient d’éviter l’alcool, selon le rapport McLellan.

Le groupe de travail sur la légalisation de la marijuana, dont les recommandations ne sont pas contraignantes pour le gouvernement fédéral, estime que la vente au détail devrait être réglementée par les administrations provinciales et territoriales.

Du côté de Québec, le ministre des Finances, Carlos Leitao, ne semble pas particulièrement pressé de trancher sur la question, disant vouloir attendre le projet de loi du fédéral avant de se prononcer «sur le comment Québec choisira d’encadrer le commerce et la distribution».

Dans une déclaration écrite transmise par son bureau mercredi, le ministre responsable de la SAQ a soutenu que des discussions doivent avoir lieu avec le fédéral et les autres provinces, et que «le choix des modalités de distribution au Québec est donc un débat très prématuré».

La société d’État abonde dans le même sens — et si, à l’issue du débat qui se tiendra, le gouvernement québécois choisit de désigner la SAQ comme point de vente pour le cannabis récréatif, elle s’ajustera, a indiqué son porte-parole, Renaud Dugas.

«Nous, on a un mandat qui est de faire le commerce des boissons alcooliques. Si le gouvernement décide de changer l’orientation de notre mandat, nous, on va s’adapter», a-t-il fait valoir en entrevue téléphonique.

Pour le syndicat des employés de la SAQ, «il est inquiétant que le gouvernement québécois n’ait pas encore pris position sur la question, contrairement à plusieurs autres gouvernements provinciaux», la légalisation du cannabis «étant dorénavant en voie de concrétisation».

Le Québec doit préparer la suite, «sinon, ce sont les intérêts de quelques lobbies privés qui s’imposeront et profiteront du vide pour s’installer sans que nous puissions, collectivement, tirer le meilleur parti de la légalisation», soutient le syndicat dans un communiqué.

Le gouvernement de Justin Trudeau doit déposer son projet de loi sur la légalisation du cannabis au printemps 2017.

Quelques points saillants du rapport de l’IRIS:

— En se basant sur l’exemple du Colorado, le marché québécois du cannabis récréatif est évalué à 1,3 milliard $. Dans les 10 ans suivant une légalisation, la valeur de ce marché pourrait grimper à 3,2 milliards $.

— La commercialisation du cannabis par le secteur privé pourrait générer une valeur ajoutée de 844,9 millions $ et créer 912 emplois. Ces chiffres atteindraient 867 millions $ et 982 emplois si cette commercialisation était confiée à la SAQ.

— Les revenus tirés de l’impôt des particuliers, des taxes à la consommation et de la parafiscalité liés à l’investissement dans la commercialisation du cannabis récréatif seraient plus élevés de 10,1 millions $ si on passait par la SAQ plutôt que par le privé.

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