MONTRÉAL — La peur a dominé la sphère médiatique québécoise en 2016, selon le bilan de l’année d’Influence Communication. Un trait qui s’inscrit dans une tendance mondiale à privilégier l’émotif au factuel, précise la firme, qui analyse le contenu médiatique.

«On a identifié une liste de plus de 200 mots-clés associés à la peur, explique Jean-François Dumas, président d’Influence Communication. Non pas qu’on fait des reportages sur la peur, mais on se sert de la peur comme vecteur pour présenter des sujets : la peur de Donald Trump, du Zika, des immigrants, du terrorisme, de l’effondrement économique. Le résultat, c’est que 40 pour cent des nouvelles jouent là-dessus. Et que la proportion s’est accrue de 300 pour cent par rapport au début des années 2000.»

Selon M. Dumas, la tendance s’inscrit dans la mouvance post-factuelle de l’information, «où l’on explique de moins en moins la nouvelle, mais on fait peur au monde, comme lorsqu’on résume des concepts en 140 caractères».

De façon plus générale, c’est l’émotif qui prend de l’espace dans tous les médias du monde, à la faveur des réseaux sociaux. Et les médias traditionnels n’y échappent pas, dit-il, en partie pour des impératifs commerciaux.

«Justin Trudeau est à l’opposé de Donald Trump, en ce sens qu’il mise sur l’optimisme, souligne M. Dumas. Mais nos analyses montrent que les deux utilisent la même mécanique de pensée post-factuelle, où les slogans remplacent le rationnel et le factuel. »

Et l’un des dangers, constate-t-il, c’est que ceux qui consomment cette information ont tendance à se réfugier dans leurs certitudes, et de s’abreuver à des nouvelles qui reflètent leur pensée plutôt que de les pousser à réfléchir.

Trump en vedette, les Autochtones et les femmes négligés

Pour Influence Communication, la nouvelle de l’année demeure la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine.

«Dans les 24 heures entourant l’élection, 2 841 305 articles de journaux ont été publiés à travers le monde. Avec tout ce qui a été écrit, on pourrait remplir tous les quotidiens du Québec pendant 12 ans, 10 mois et 25 jours», précise Influence Communication dans son rapport. De même, il faudrait 42 ans pour réécouter tout ce qui s’est dit à la radio et la télévision.

En revanche, les parents pauvres de l’information demeurent les Autochtones, ainsi que les francophones hors Québec, qui obtiennent une médiatisation «à peine équivalente à celle de l’horoscope», selon les conclusions de l’étude.

Jean-François Dumas note aussi le peu de place des femmes dans la sphère médiatique. «On a comparé la proportion de femmes qui sont membres de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) à celle des textes signés par les femmes, et ça ne correspond pas. C’est encore très largement dominé par les hommes.»

De même, les thèmes où les femmes dominent médiatiquement, comme l’enfance, la pauvreté, l’éducation, la culture et la santé, sont en perte de vitesse dans l’actualité. «On est même une année olympique où les femmes ont dominé le tableau des médailles canadiennes, mais seulement 1 pour cent des nouvelles sportives portaient sur les femmes», souligne-t-il. Sans surprise, le Canadien de Montréal domine la sphère sportive sans partage.

Trump domine Google

Les conclusions d’Influence Communication rejoignent aussi l’intérêt des internautes dans leurs milliers de milliards de recherches, selon le palmarès dévoilé par Google mercredi.

Au Canada, sans surprise, Donald Trump est en tête des recherches sur le moteur de recherche, à la fois pour les recherches d’actualité que celles d’ordre général. Suit d’ailleurs, à ce chapitre, le phénomène Pokémon Go, ce jeu de réalité augmenté qui a fait fureur au cours de l’été.

Ces résultats sont semblables à ceux observés au sud de la frontière. Mais tandis qu’aux États-Unis, les Jeux olympiques se classent au troisième rang des recherches, toutes catégories confondues, les Raptors de Toronto s’imposent au Canada.

Chez les Canadiens faisant l’objet de recherches sur Google, le rappeur Drake occupe le premier rang, suivi de Céline Dion, la mort de son mari, René Angélil, ayant marqué 2016. Le chanteur des Tragically Hip, Gord Downie, figure au troisième rang, à la suite de sa tournée d’adieu coïncidant avec l’annonce de son diagnostic de cancer en phase terminale. Au Québec, c’est plutôt le nom de Léonard Cohen qui a été «googlé» le plus souvent, suivi de PK Subban, Céline Dion et Safia Nolin.

Fait à souligner, dans les recherches commençant par «What is…» (Qu’est-ce que…), le Brexit et le virus Zika figurent en tête de liste au Canada, suivis par… le «microblading», une technique de pigmentation des sourcils. En revanche, au Québec, c’est Pokémon Go qui a le plus été l’objet de l’interrogation des internautes.

Et dans les recherches qui commencent par «Who is…» (Qui est…), le nom du gorille Harambe, tué au zoo de Cincinnati après qu’un enfant de quatre ans est tombé dans son enclos, arrive en tête. Il est suivi par Ken Bone, l’homme moustachu au chandail rouge qui est devenu le symbole du deuxième débat à la présidence américaine.

Nouvelles de l’année au Québec et poids médias sur 7 jours (Influence Communication)

1. Élection de Donald Trump : 35,97 %

2. Attentats de Bruxelles : 23,92 %

3. Jeux olympiques de Rio : 17,52 %

4. Affaire de l’espionnage de Lagacé et d’autres journalistes : 14,79 %

5. Attentat de Nice : 14,33 %

6. Budget fédéral déficitaire: 12,17 %

7. Démission de Pierre Karl Péladeau comme chef du Parti québécois : 9,62 %

8. Élection de Jean-François Lisée comme chef du PQ : 8,90 %

9. Feux de forêt à Fort McMurray : 8,67 %

10. Arrestation de Nathalie Normandeau par l’UPAC : 8,10 %

Personnalités de l’année et poids médias au Québec (Influence Communication)

1. Justin Trudeau : 2,37 %

2. Philippe Couillard : 2,09 %

3. Donald Trump : 1,86 %

4. Hillary Clinton : 1,13 %

5. Michel Therrien : 1,07 %

6. Barack Obama : 1,06 %

7. Carey Price : 0,88 %

8. Pierre Karl Péladeau : 0,88 %

9. Denis Coderre : 0,87 %

10. Gaétan Barrette : 0,83 %

Le palmarès Google des recherches au Canada pour 2016 toutes catégories confondues

1. Donald Trump

2. Pokémon Go

3. Raptors de Toronto

4. Les feux de Fort McMurray

5. Prince

6. Jeux olympiques

7. David Bowie

8. La coupe mondiale de hockey

9. Brexit

10. La grève de Poste Canada

Le palmarès Google des Canadiens les plus recherchés en 2016

1. Drake

2. Céline Dion

3. Gord Downie

4. Leonard Cohen

5. Penny Oleksiak

6. PK Subban

7. Andre de Grasse

8. Samantha Bee

9. Sidney Crosby

10. Shawn Mendes

La liste les célébrités les plus recherchées au Québec sur Google en 2016 :

1. Leonard Cohen

2. PK Subban

3. Céline Dion

4. Safia Nolin

5. René Angélil

6. Julie Snyder

7. Guillaume Lemay-Thivierge

8. Annie Villeneuve

9. Mariloup Wolfe

La liste des questions les plus posées à Google au Québec en 2016 :

1. Qu’est-ce que Pokémon Go?

2. Qui est le président des USA ?

3. Pourquoi y a-t-il une année bissextile ?

4. Qui a gagné le débat?

5. Qui a gagné les élections?

6. Comment bloque-t-on un numéro?

7. Comment faire du «slime»?

8. Combien y a-t-il de pays dans le monde?

9. Quel âge a Céline Dion?

10. Comment avoir accès à Pokémon Go au Canada?

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