Josie Desmarais/Métro

Les enjeux touchant les femmes autochtones ont marqué l’actualité en 2016, mais pas toujours pour des raisons rassurantes. Malgré les problèmes révélés, cette année a-t-elle permis d’améliorer la situation de ces femmes?

De la façon dont s’est conclue l’histoire des allégations d’abus policiers à Val-d’Or, on pourrait croire que cette année n’a pas servi la cause des femmes autochtones; pourtant il n’en est rien, assure la présidente de Femmes autochtones du Québec, Vivianne Michel. «On est en train d’avancer et de montrer que la problématique de la violence faite aux femmes est omniprésente, souligne-t-elle. J’ai vécu beaucoup de colère, mais ce qui est arrivé m’incite encore plus à lutter pour que ces femmes soient entendues et crues, et qu’elles obtiennent justice.»

La militante et poétesse innue Natasha Kanapé Fontaine rappelle que, par rapport à il y a cinq ou six ans, les enjeux touchant les femmes autochtones sont plus présents dans l’espace public. «C’est malheureux qu’on ait dû attendre que des femmes en Abitibi osent raconter ce qu’elles vivent, mais au moins maintenant, on en parle et des choses bougent», juge-t-elle.

Mme Fontaine croit qu’il faut apprendre à la population à réhumaniser les autochtones qui, auparavant, «n’avaient pas lieu d’être dans la société canadienne». «Comment ça se fait qu’on doive dire en 2016 qu’on a le droit d’exister? se questionne-t-elle. S’il y a cinq ou six ans, il n’y avait aucun intérêt pour les enjeux autochtones, c’est parce qu’on avait appris à la population qu’ils n’étaient d’aucun intérêt.»

La sortie des femmes de Val-d’Or a créé une vague de dénonciations, rappelle Mme Michel, et le fait de parler davantage des abus subis a favorisé la prise de conscience du public. «La population a été plus informée sur des questions discriminatoires et raciales, affirme-t-elle. Si nos voix ont été entendues, c’est parce que des gens dans la population québécoise nous ont crues.» Par contre, elle déplore que les gouvernements hésitent encore à parler de racisme systémique «C’est un mot qui fait peur, car il demande de s’attaquer à beaucoup de problèmes de manière large», dit Mme Michel.

L’Enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées, par exemple, a pris forme tout au long de l’année, mais trop lentement au goût de certains. «Il y a facilement une impatience qui s’installe, parce qu’on a abusé de notre patience pendant l’ère Harper, mais le côté positif, c’est qu’un processus est en place», rappelle le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard. Il estime qu’une enquête de deux ans sera trop courte.

Vivianne Michel regrette qu’il n’y ait toujours pas de balises dans cette enquête. «C’est un gros défi de structurer la participation des familles, explique-t-elle. Le territoire est vaste, et tout le monde veut participer à l’enquête.»

Selon Natasha Kanapé Fontaine, on ne sait jamais si l’enquête bloquera à un certain point, donc il faut que les femmes continuent à prendre la parole. «Il faut assurer une présence publique et participer à la vie de la société, soutient-elle. J’espère juste qu’il y a une profonde sincérité de la part des gouvernements pour que l’être humain prime.»

Et les hommes?
Pourquoi parle-t-on surtout des femmes autochtones dans les médias, alors que les hommes des communautés subissent aussi des abus de la part de policiers? «Entre les services de l’ordre et les populations autochtones en général, il y a un fossé important, souligne Ghislain Picard. Mais ça touche davantage les femmes parce qu’elles sont souvent dans une situation plus vulnérable.»

Cette situation dans le débat public n’est pas une source d’irritation pour les hommes qui sont victimes, croit M. Picard. «Il y a des voix qui se sont élevées pour dire qu’il ne fallait pas oublier les hommes, mais pas à outrance, rapporte-t-il. Tout le monde s’est solidarisé autour de la question des femmes puisqu’on considère le nombre de cas d’assassinat et de disparition de femmes.» Selon lui, les communautés sont heureuses que ces problèmes soient ainsi mis au jour sur la place publique.

Chronologie

Octobre 2015
. L’émission Enquête diffuse
un reportage dans lequel 
des femmes autochtones de Val-d’Or disent être victimes d’abus de la part de policiers de la Sûreté du Québec (SQ). Une enquête est confiée au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) dans les jours qui suivent, et une observatrice indépendante est nommée.

Avril 2016. 
Toutes les enquêtes
concernant des plaintes de femmes autochtones contre des policiers de la SQ seront désormais menées par le SPVM, annonce le gouvernement, qui donne d’autres cas à traiter au SPVM.

Août 2016
. Huit mois après avoir été confirmée par Ottawa, l’Enquête nationale sur les femmes disparues et assassinées est officiellement ouverte. Cinq commissaires sont nommés (quatre femmes et un homme). La présidente est la juge autochtone Marion Buller.
Novembre 2016
Après l’analyse de l’enquête du SPVM, le Directeur des poursuites criminelles et pénales décide de ne pas déposer d’accusations contre les policiers de Val-d’Or. Dans les 37 dossiers, 2 policiers à la retraite de Schefferville sont accusés.

Novembre 2016
. L’observatrice indépendante Fannie Lafontaine juge que l’enquête a été impartiale, mais insuffisante.

Décembre 2016. 
Le gouvernement québécois ouvre une commission d’enquête qui vise à faire la lumière sur des problèmes systémiques dans les relations entre les communautés autochtones et les différents services publics, dont les corps policiers et le système de justice.

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